Il est temps que je vous le dise, mais depuis peu, l’essentiel de mon activité est consacré aux 3 Suisses, puisque je suis désormais un élément parmi des milliers de collaborateurs du vépéciste français.
Bien obligé de me cultiver pour m’intégrer à mon nouveau milieu, ma conscience professionnelle m’a demandé de m’intéresser de plus près aux catalogues papiers (quelle horreur !). Feuilleter doucement les pages d’un de ces gros blocs de papier a soulevé en moi le souvenir lointain du temps où je parcourais avidement les pages jouets du catalogue de La Redoute sur le canapé de ma grand-mère lorsque j’étais en vacances et, lorsque récemment, un journaliste belge, l’outrecuidant, titrait « Comment Internet tue la vente catalogue« , il me plongea dans des abîmes de désarroi et de doute. Mais qu’allaient devenir ces pauvres catalogues ? Et mes filles, ne connaîtraient-elles jamais la joie de tourner de leurs petits doigts potelés les pages légères de ces délicats ouvrages ? Un pan entier de mes convictions s’effondrait brusquement.
Les premières années du XXIème ont, certes, montré une érosion du canal de vente « papier », pour autant, celui-ci est-il voué à disparaître ? Cela me rappelle le vieux débat de l’informatique des années 80 « papier contre ordinateur » dont les pires prédicateurs signaient des demains pour la mort du premier(ha ha).

En un siècle, le catalogue a autant évolué que la mode pour homme
En terme d’ergonomie, il n’y a pas photo : le catalogue papier est de loin supérieur au site web. Je ne plaisante pas. La qualité des photos y est largement meilleure. Le confort d’utilisation est sans pareil (vous pouvez lire votre catalogue où vous voulez, sur votre canapé, aux toilettes, sur la table de la cuisine, pas besoin de « l’allumer » avant de l’utiliser). La recherche aussi, mais oui, y est bien plus facile (je suis prêt à prendre le pari) : un doigt mouillé est tout aussi efficace que n’importe quel moteur de recherche.
Fournir un catalogue papier au client est donc une manière extrêmement puissante de lui faire découvrir votre offre produits et de teinter la qualité de votre service d’une touche de « travail bien fait ». L’objet, en tant que tel, écrase son rival tout en pixels et procure des sensations tactiles inexistantes lorsque vous pressez votre index sur le bouton de votre souris.
A contrario, le catalogue souffre de défauts rédhibitoires. Vous ne pouvez pas passer de commande dessus (très difficile). Une fois qu’il est imprimé, vous ne pouvez pas ajuster vos prix ou ajouter ou enlever des articles dessus. Il vous faudra nécessairement éditer un autre catalogue pour cela, ce qui n’est pas donné à tout le monde si l’on raisonne ne serai-ce qu’en terme de coûts.
A priori, le catalogue papier n’est disponible que si vous l’avez reçu dans votre boîte aux lettres ou si vous l’avez piqué à votre grand-mère. A contrario, le site web est disponible partout (à condition d’avoir une connexion Internet).
Evidemment, le site web offre une puissance technologique totalement absente du catalogue : nombre de références infinies, ajustement en temps réel des prix et des promotions, tracking de la navigation, etc.
On pourrait peser le pour et le contre des deux types de médias indéfiniment, ces points de comparaison démontrent au moins une chose : que les deux peuvent et doivent se compléter. Même si l’engouement aujourd’hui est au web, la vocation du catalogue papier n’est pas de s’effacer et tomber aux oubliettes, c’est bien le contraire qui devrait se produire. De la même manière que le web réinvente le commerce de proximité (boutique 3 Suisses ou Threadless à San Francisco, les exemples sont nombreux), il est fort à parier que le papier est en train de connaître (ou connaîtra) une cure de jouvence dans sa manière d’apporter une offre catalogue au client final, si toutefois il apprend à évoluer :
- dans son mode de distribution
- dans sa taille
- dans son approche marketing
- dans son mode de vente
C’est là, sans doute, la réflexion que doivent mener les grands vépécistes traditionnels qui dispose, à n’en pas douter, d’une arme commerciale, certes vieillissante, mais appelée encore à un bel avenir.
A lire aussi :
- Une bien meilleure analyse que la mienne : E-commerce et avenir du catalogue papier : du catalogue au webalogue ?
- Un dossier pas tout neuf, que je n’ai pas lu entièrement, mais dont certains points paraissent encore pertinents aujourd’hui : Le catalogue du XXIe siècle sera spécialisé ou ne sera pas








Article super intéressant !
Je m’interrogeais depuis longtemps sur l’image que pouvait renvoyer le catalogue papier face à ses concurrents interactifs.
De mon point de vue, le catalogue papier reste indétronable… pouvoir feuilleter les pages depuis mon canapé (ou effectivement dans les toilettes :p) c’est une sensation bien plus agréable que naviguer sur un site par toujours optimisé (laredoute a encore de gros progrès à faire, même si je suis une cliente convaincue).
Bref… j’ai hâte de voir ce que donnerait un hybride de catalogue papier et "dynamique", comme sur les nouveaux écrans souples qui sont travaillés en R&D depuis quelques années. Ca n’enlève pas tout le boulot de conception d’interface, mais je pense que ce serait un bon compromis.
Il y a quelques années, j’ai bossé pour une agence spécialisée dans l’édition de catalogue papier et gestion de données produits. On produisait (l’agence existe encore, et est une des leaders du marché en métropole) un nombre de pages très élevées par semaines, en utilisant des technologies assez performantes. A savoir la constitution de bases de données dédiées (à l’époque sous FileMaker), qui regroupait toutes les infos, visuels, sous-articles, prix, etc.
Ensuite un moteur (programme) de mise en page automatique réalisait une bonne partie du montage sous Xpress, et l’opérateur n’avait plus qu’à procéder à quelques retouches de mise en page. Tous les prix était balisés, ce qui permettait une actualisation des prix à J-1 de l’impression, ou des éditions différentes pour divers franchisés d’une même chaine par exemple, qui vendent les mêmes produits mais pas au même prix. Toutes les déclianaisons étaient possibles, à partir de la même base, des éditions tronquées, des choix particuliers par chef de produits, etc.
Avant de partir, une expérience a même été lancé avec une société "amie", à savoir de placer sur le catalogue une espèce de graphisme auprès de chaque produit (type code barre, ou autre) qui permet de faire une commande en ligne grâce à une douchette… Bref, l’alliance du traditionnel et de la technologie. A développer c’était passionnant, mais épuisant car la cadence était vive, et chaque base était spécifique par client…
Sans doute l’avenir passe-t-il aussi par là, en livrant un lecteur optique spécifique avec un catalogue papier qui permettent autant l’obtention de prix révisés que de passer commande rapidement.
La recherche avance : piles plates de la taille d’une feuille de papier, processeurs microscopiques, e-ink…
On prend le tout, on mélange, et nous aurons dans quelques décennies (ou années ?) des catalogues papier mis à jours par wifi, avec commande intégrée, animations… Le meilleur des deux monde, pour la plus grande joie de nos banquiers.
Mon pauvre Captain,
Tu as rejoins le groupe 3SI et ses multiples directions informatiques, ses groupes de travail interfilliale, ses comités de direction, ses plans à 5 ans, ses visions à 3 ans… tout ça pour décider s’il faut encore utiliser des frames sur la homepage.
Je sens que tu vas t’amuser
@ Madripoor : merci, sache que j’apprécie ta compassion…
Pour les cataloguistes,
c’est une véritable révolution culturelle
A nous d’agir
Je compte bien y prendre part
A bientôt