musicalias.com, les leçons d’un échec.

Trois mois après la mise en sommeil du site (qui reste partiellement fonctionnel en guise de démonstration), il est temps de revenir sur la petite aventure qu’a constitué la conception, l’épreuve du feu puis l’arrêt de ce projet.

Les principes essentiels du site sont expliqués dans ce billet, avec également une présentation détaillée.

Depuis quelques années beaucoup d’entrepreneurs communiquent très en amont du lancement de leur projet, typiquement via un blog faisant un point régulier sur l’avancement, les nouvelles idées, les difficultés rencontrées… Nous n’avions pas fait ce choix, préférant attendre la première version du site et quelques petites victoires pour ensuite créer un buzz sur « du concret ».

Le sort en a décidé autrement. Au-delà du premier noyau de participants, l’extension du catalogue du site a tourné court, créant un contexte défavorable à la recherche de financements. Vu de l’extérieur, Musicalias peut donc apparaître comme un projet mort-né plutôt anecdotique, le gros du travail ayant été réalisé en coulisses.

C’est en fait le fruit d’une longue réflexion sur l’avenir du secteur musical, d’une participation soutenue à un webzine de « niche » (consacré aux musiques dites « progressives », progressia.net), et de plusieurs mois de conception puis de développement.

C’est, entre autres :

  • une boutique en ligne adaptée aux répertoires spécialisés : page « artiste », page « label », page « produit » très détaillée, multiples moyens d’accès aux oeuvres…
  • une base de données structurée en conséquence
  • un fonctionnement selon les principes d’une place de marché, Musicalias prélevant une commission sur la vente réalisée par le Marchand (artiste, label ou distributeur) : conditions de participation spécifiques, système de calcul des paiements
  • une interface de publication des contenus du site par les Rédacteurs (qui sont soit les Marchands eux-mêmes ou bien des chroniqueurs tiers, commissionnés sur le ventes), avec un processus de validation adapté
  • un forum et un centre de téléchargements en partie synchronisés avec la boutique, permettant la création d’offres sur mesure (contenus exclusifs, rubriques privées) avec une gestion fine des droits d’accès (niveaux, privilèges, durées…)
  • un site et une documentation (notamment un Guide du Rédacteur) entièrement bilingues français – anglais

Qu’aurait-il fallu pour poursuivre l’aventure ?

1 – plus de moyens

Nous avons tous entendu parler du succès de certaines entreprises high-tech fondées par une bande de potes dans un garage. Le principe d’un démarrage sur fonds propres est séduisant, s’il correspond à la réalité des moyens nécessaires pour atteindre les premiers objectifs : typiquement, dans le cas où le service peut être lancé, ne serait-ce que sous forme de prototype, après quelques semaines de développement.

Dans le cas de Musicalias, indépendamment des compétences de l’équipe, un capital d’amorcage de quelques dizaines de milliers d’euros n’aurait pas été de trop pour accélérer la préparation de la première version (face à certains impondérables comme la liaison OSCommerce – Invision Power Board, inédite et complexe à réaliser), conserver une marge de manoeuvre pour adapter le concept (selon les besoins : reprendre le design, développer d’autres fonctions voire remplacer OSCommerce par une plate-forme technique plus moderne) et mettre en oeuvre un plan promotionnel digne de ce nom.

2 – plus d’ambassadeurs

Dans un secteur où le relationnel et les réseaux jouent traditionnellement un rôle important, nous pensions avoir assez d’atouts pour susciter l’intérêt et convaincre de suivre notre démarche.

Non seulement ce point n’a pas été suffisamment assuré en interne, mais un projet innovant dans un contexte difficile, ne doit pas juste espérer être adopté in fine. Il doit être porté et accompagné dès le début de sa conception par un cercle d’utilisateurs suffisant.

3 – une autre approche ?

Dernière phrase du message de mise en sommeil du site : « Nous restons convaincus de la pertinence du concept qui se développe par ailleurs, sous d’autres formes et avec plus de moyens. »

S’agissant de valoriser la relation entre l’artiste et le fan, notre « ailleurs » favori est de loin Topspin. Il y aurait beaucoup à dire sur cette nième start-up californienne qui, contrairement à nombre de concepts hasardeux, pourrait devenir un des acteurs les plus marquants du renouveau de l’industrie musicale.

L’essentiel :

  • Topspin se positionne en tant que prestataire vis-à-vis des artistes et leurs partenaires, en leur proposant des services et outils logiciels qui facilitent la création d’offres premium, la génération de contacts, la gestion des catalogues et des données marketing.
  • Concrètement, cela se traduit entre autres par des modules (ou widgets) de diffusion en streaming, mini-boutique, collecte d’adresses mails… et un back office complet pour la gestion d’offres multi-niveaux et un suivi complet des résultats
  • Les trois fondateurs disposent d’une expérience impressionnante en industrie musicale et nouvelles technologies (Yahoo Music, Real Networks, ProTools…) et ont fait le choix d’un financement par du capital-risque.

Cette approche 100% B2B est pour le moment totalement déportée sur les sites des artistes et leurs pages de réseaux sociaux. Elle sera peut-être complétée à terme par une plate-forme regroupant les artistes utilisant Topspin.

Parmi les premiers participants, de petits labels US et surtout des pointures comme Trent Reznor (Nine Inch Nails) et Brian Eno. Stratégiquement, c’est un coup de maître : Topspin valide et perfectionne son modèle grâce aux solides bases de fans de ces indépendants bien établis et avides de liens directs avec leur public.

Un avantage considérable par rapport à de nombreux labels ou distributeurs soit pris dans l’urgence du quotidien soit (parmi les indépendants français que nous avons contactés et non des moindres) considérant le canal de vente Internet comme non prioritaire…

Comme tout semble clair après coup. Presque « trop bête » ! Mais les entrepreneurs le savent bien : l’explication a posteriori est tellement plus facile que la bonne préparation et exécution. Car la recette idéale n’est jamais la même et repose sur un équilibre plus que ténu (avec évidemment beaucoup de travail et aussi presque toujours un zeste de chance).

Au-delà de la formation initiale et de l’expérience à des postes salariés, à moins d’être exceptionnellement doué et conseillé, seul le parcours en situation apporte les repères qui rendent éventuellement possible la réussite du projet.

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5 commentaires

  1. effectivement on peut penser que dans ce domaine le facteur chance (arrivé au bon moment, correspondre à une attente pas toujours prévisible, évolution du cadre législatif) est plus important que dans d’autres domaines du web.
    En tout cas l’idée est belle et le site bien conçu. y’a personne qui a un peut de pognon à mettre au bout ?

  2. Dineji,SARL au capital de 5000 euros…

    C’est sûr, c’est pas lourd pour commencer. On a beau dire ce qu’on veut sur les idées et l’exécution, le time to market etc.. tout est vrai, mais le cash ça aide aussi beaucoup.

    Ca permet notamment de réparer (ou simplement de survivre) aux conneries du démarrage.

    C’est pas un hasard si beaucoup de sociétés font appels à des investisseurs extérieurs, surtout sur des activités ou il faut lancer un nouveau concept. Ca demande du financement.

    Notre projet à nous, qui a affronté beaucoup de tempêtes et de marées basses depuis son lancement, en est une preuve vivante.

  3. @Jarvik : à vrai dire le recours à des investisseurs était considéré comme indispensable, mais en deuxième étape après le lancement de la v1 et un début d’activité.
    Erreur car en effet même pour des professionnels web aguerris 😉 faire du compliqué et de l’inédit demande plus de moyens que l’énergie personnelle.
    In fine, les autres facteurs négatifs (et une concurrence de très haute volée qui finira par franchir l’Atlantique) font que je ne suis pas certain d’une issue positive avec un capital plus important, mais il aurait été intéressant d’essayer car le concept fait sens plus que jamais.

  4. @Julien : oui, ça me semble judicieux car on est plus crédible avec un site et une activité pour lever des fonds. Votre problème c’est que vous n’avez malheureusement pas réussi à passer la première étape. Vous auriez peut-être du faire appel à du love money (vos proches) pour passer celle-ci.
    mais je sais .. avec des « si » et des « yaka » tout est de suite plus facile.

    le concept est terrible en effet.

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Julien

Article de : Julien

a géré des projets variés (marque, ecommerce, recrutement, relation client…) dans deux grandes agences web parisiennes. Il propose maintenant avec Dineji des prestations de conseil et d’accompagnement aux organisations à la recherche d’un chef de projet web ou responsable e-business en temps partagé.