Alors que le cas Torpille fais couler beaucoup d’encre dans la blogosphère et que l’on en est au piqûres de rappel des mythes et réalités du e-commerce, je ressors de mes cartons la parabole des 3 frères qui veulent faire l’ascension d’un sommet.
Il était une fois 3 frères qui, bien que très différents par leurs caractères, pour des rivalités fraternelles, nourrissaient une même ambition : faire l’ascension du Mont Blanc, le plus haut sommet français. Ils étaient donc en compétition pour atteindre cet objectif.
Le premier frère, Ralph, était d’un tempérament volontaire. Bien que fonceur, il aimait se donner des airs de rigueur et de méthode. Il avait du reste de gros moyens qu’il souhaitait donc mettre au service de la réalisation de cet objectif. Il organisa donc un appel d’offre à partir d’un cahier des charges qu’il réalisa lui même, et retint finalement quelques candidats sur sa short-liste. Il s’agissait pour l’essentiel d’équipementiers qui faisaient, entre autres, du matériel et des tenues de haute montagne. Ralph choisit alors celui qui dont la notoriété était la plus grande, négocia un peu les tarifs pour la forme, et posa quand même quelques questions:
- »ALors, messieurs, vous voyez ça comment ? »
- »Pas de problème, on est au top. C’est notre équipement qu’ont choisis de nombreux champions de haute montagne, s’ils nous font confiance, vous pouvez nous faire confiance ! »
- »oui, mais sinon, pour l’itinéraire, vous avez un bon guide ? » s’inquiéta Ralph.
- »Pas de problème, on a les meilleurs ! Vous savez, la montagne, on connaît tous, c’est notre quotidien. Je vous met entre les mains de Guy, c’est le meilleur : un senior ! »
Et le jour J, Ralph part à l’assaut du Mont Blanc, avec son super équipement très perfectionné. Il n’a pas froid, ça se présente bien. Mais à peine a t-il commencé l’ascension qu’il se fatigue. C’est plus difficile qu’il ne s’y attendait. Guy lui propose alors, contre une rallonge budgétaire, de le faire porter par un de ses accompagnants. Et l’ascension repart. Arrivé à 1200m, Guy s’arrête et fait demi tour, laissant Ralph au pied d’une corniche.
- »Et bien, où allez-vous ? » interrogea Ralph en s’adressant à Guy.
- »Ben on repars. On a fait notre job : vous vouliez faire de la montagne, vous y êtes. » répondit-il.
- »Mais je voulais pas « faire de la montagne », je voulais faire l’ascension du Mont Blanc! » cria Ralph.
- »C’est pas ce qu’il y avait dans le cahier des charges ! Nous on vous fournir le matos, on vous équipe, mais pour le reste, c’est dans vos mains ! »
- »Mais on est loin du but ! Faut que vous m’aidiez ! » implora Ralph.
- »Ben, si vous voulez, je peux vous proposer de nouveaux piolets plus performants ? »
- »Ok, je paye. Et maintenant ? »
- »Ben maintenant on repars. Vous avez vos piolets, bon courage ! »
- »Mais je peux pas y arriver tout seul : je suis fatigué, mon sac est lourd, je ne suis pas préparé ! » se lamentait Ralph.
- »Ah ça mon brave monsieur, fallait y penser avant ! On vous a apporté le service que vous souhaitiez, maintenant … »
- »oui ? » l’encouragea Ralph désespéré.
- »Si vous avez encore un peu de budget, j’ai le dernier modèle de Narva ? » lui proposa Guy.
C’est donc considérablement allégé et à peine parti que Ralph du renoncer pour cette fois.
Le second frère, Bob, s’intéressait peu à la montagne, mais il voulait absolument le faire puisque tout le monde le faisait, cela ne devait pas être si difficile. Pas besoin de dépenser beaucoup d’argent, on trouvait tellement d’équipementiers qu’après tout, en faisant jouer la concurrence au maximum et en négociant serré, il obtint son paquetage complet pour pas cher. A lui les joies de l’ascension ! Un petit coup d’oeil sur Internet pour lire quelques conseils et préparer l’itinéraire et le voici au pied de la montagne. L’équipement était très léger et il progressait vite. Mais un subit changement météo fit chuter la température rapidement et Bob se rendit compte que sa tenue le protégeait bien mal. Mais après tout, pour ce qu’il l’avait payé … le tout étant que ça tienne jusqu’au sommet. Il sortit alors ses plans imprimé sur Internet et tacha de s’orienter. Mais en montagne, rien ne ressemble plus à des rochers que d’autres rochers et il est bien difficile d’y trouver son chemin. Mais il était orgueilleux: plutôt que d’avouer sa défaite, il repartit d’un pas ferme dans ce qu’il estimait être la bonne direction. C’est donc après avoir fait le tour de la montagne par les flancs qu’il s’aperçut qu’il était de retour à son point de départ, c’est à dire toujours aussi loin du sommet. Epuisé, transi de froid, il pleura sur sa malchance.
Vint un guide de haute montagne qui passait par là, avec sa cordée. Il en profita donc pour demander de l’aide.
- »Mais vous croyez aller où tout seul, au pieds des seracs, avec vos tongs et votre kway ? C’est de la haute montagne le Mont Blanc ! » rigolait le guide.
C’est donc bien refroidi et blessé dans son amour propre que Bob regagna la vallée.
Le troisième frère, Peter, était un pragmatique. Il ne connaissait rien à la montagne : combien allait coûter l’aventure ? Quel matériel ? Quel itinéraire ? Avec combien d’accompagnants ? Quelle date choisir en fonction de la météo ? Il choisit donc d’aller pousser la porte du bureau des guides de Haute Montagne. Après avoir exposé son projet d’ascension du Mont Blanc, le vieux guide derrière son bureau l’envisagea des pieds à la tête et lui posa quelques questions complémentaires.
- »D’accord, je vous emmènerai là haut … quand vous serez prêt. Pour le moment, vous n’avez ni la condition physique nécessaire, ni le budget requis pour l’équipement. »
Peter est un peu dépité.
Le vieux guide poursuivit :
- »Mais en attendant, je vais vous trouver un bon premier équipement pour débuter, et vous expliquer quelques fondamentaux. Ensuite, on se préparera et on ira s’entraîner. Puis on essaiera de se faire un petit sommet à 2000m, pour voir ce qui va bien et ce qui doit être travaillé. On adaptera l’entraînement et on fera ensuite un petit 3000m. Alors, si vous vous sentez vraiment prêt pour aller plus loin, je devrai pouvoir vous accompagner au sommet sans casser la tirelire. »
- »Et ça va prendre combien de temps tout cela ? demanda Peter.
- »Selon votre motivation, votre capacité à lire la montagne et à grimper, avec mon aide, si vous avez vraiment les épaules, vous pouvez être au sommet dans 2 à 3 ans ».
Peter était un pragmatique, mais il était surtout prudent et ne voulait pas se blesser dans cette aventure. La proposition du vieux guide, marquée au coin du bon sens, fut acceptée.
Deux ans après Peter faisait parler de lui dans le journal régional pour une ascension exemplaire d’un sommet à 3000 et l’année suivante, il était le premier des trois frères à boucler l’ascension du Mont Blanc.






Très bien trouvées ces métaphores des 3 grimpeurs de l’Everest.
Je pense néanmoins, qu’il existe encore le cas du 4ième frère qui ayant hérité de la fortune de sa femme décédée, entreprend de se faire déposer par hélicoptère au pied du dernier versant. Il réussi donc à grimper facilement jusqu’au sommet. Mais ayant préféré investir dans son moyen de locomotion aéroporté plutôt que dans ses ressources physiques, il n’aura pas d’article dans le journal régional tant la chose était rendu aisée pour lui.
Il a néanmoins gâché le plaisir de son 3ième frère a qui il a déjà envoyé les photos du sommet avec son iPhone, et il a foutu un beau bordel là haut une fois tout son matériel abandonné et en vrac, devenu inutile pour la descente.
Excellente remarque Toucouleur !
Très efficace et assez réaliste. Ca fait mouche, capitaine
Merci Christophe.
J’aime bien les propos illustrés dans ce genre.
J’ai une histoire du même genre avec 3 maçons dont 1 qui « construit une cathédrale ».
« A objectif flou, connerie précise » : un site e-commerce sans objectif clairement défini est voué à l’échec comme illustré dans ton 1er exemple. Mais c’est valable pour beaucoup d’autres évènements ou projets de la vie quotidienne
@Toutcouleur :
Le quatrième là, il n’a pas reçu un prix de la FEVAD récemment ?
ok ok je sors…
Euh… et le 5eme frère qui pendant que les autres se battaient pour arriver au sommet, a bâti, sans faire de bruit, des escaliers sur l’autre versant et vend maintenant à prix d’or la montée au sommet, à des touristes attirés par la vue et par le battage médiatique fait par le frère qui a réussi à grimper au sommet… il a pas sa place dans cette histoire ?
3 ans c’est long mais l’ascension est validé pour la vie, alors que dans le e-commerce, arrivé au sommet, faut y rester plusieurs années sans tomber…
@Sylvain : il s’en est passé des choses sur le thème « A objectif flou, connerie précise » !!!
@Olivier b : et c’est sans compter sur le 6°, qui pendant ce temps investis dans les téléphériques et autres ascenseurs ^^
Et pendant ce temps, leur cousin rédige un blog relatant leurs exploits et leurs échecs… mais avec des collants verts.
Bonjour
Ce qui m’amuse sur ce cas d’école (ou en passe de le devenir) c’est le fait que « tout le monde » (ou presque) est d’accord pour accuser directement le site comme cause de cet échec.
Ne m’en voulez pas mais la cause de l’échec de cette activité se situe bien en amont de la conception du site au niveau des plans business et de l’absence d’étude destinée à mettre au point une offre bel et bien adaptée au marché, à la distribution, à la clientèle et à placer cette offre vis a vis de la concurrence.
Même si notre « professionnelle de la distribution » avait trouvé le meilleur des prestataire web ou même une entreprise lui permettant de déléguer le canal internet*, elle ne s’en serait pas sortie mieux que cela parce qu’il lui manque les bases de ce qui fait son business.
Alors effectivement ce site est très mal conçut et ne donne pas envie de s’habiller chez Torpille. Mais si cette entreprise avait au minimum fait son travail d’étude, de stratégie, de marketing,… le cahier des charges de base du site aurait évité ces erreurs grossières car notre amie aurais su que c’était des erreurs grossière. Elle n’aurait fait travailler en aucun cas qui que ce soit sur un site ne remplissant pas le minimum syndical de la vente (et de la vente en ligne).
Bref, on peu accuser la technique, mais c’est bel et bien la stratégie qui est pourrie au royaume de Danemark,… Oups pardon, dans ce projet.
(*) Dans ce cas je pense que l’entreprise de délégation l’aurait en premier lieu renvoyée aux base de son projet (le calepin a carreau et le crayon a papier) car difficile d’arriver à espérer prendre une commission sur un business qui ne connais même pas sa rentabilité ou ses clients.
Le baron n’a pas tort.
Sans business plan bien monté et réaliste, c’est la dégringolade assurée.
Mais personnellement, dur pour moi de juger de la faisabilité de ce projet (hors ergonomie et technique) tant j’ai peu le temps et les moyens de m’acheter des chemises de cette qualité ^^.
J’attends toujours le pantalon de Capitaine, d’ailleurs.
j’adore ce genre d’histoires, on peut les mettre un peu à toutes les sauces d’ailleurs. Cette morale est vraie dans de nombreux domaines , c’est une question de bon sens
Excellente histoire! je me reconnais bien dans Ralph………ça donne à réfléchir!