Blippy.com : étalez vos dépenses en public

Blippy ressemble à s'y méprendre à Twitter
Blippy ressemble à s'y méprendre à Twitter

La transparence… la grande arnaque du web 2.0. Remarquez que je n’ai contre la transparence et si tous les ecommerçants du monde pratiquait un peu plus de transparence dans leurs relations avec leurs internautes peut-être que leurs affaires s’en porteraient mieux.

La transparence peut-être une vertue, mais elle peut aussi être un piège pour ceux qui la pratiquent trop. Regardez Facebook et tout ceux qui y étalent leur vie privée en long et en large. Oui, c’est pour leurs amis, mais pas que pour eux… Facebook se sert de ces données, vos amis aprennent des choses sur vous que n’aviez peut-être finalement pas envie de leur dire et les risques de fuite vers des oreilles non amies sont bien réels. Alors, la transparence, oui, mais avec de la circonspection et du contrôle.

Alors quand je découvre un service comme Blippy, je me pose forcémment des questions. Blippy est le twitter de la carte bleue. Au lieu de dire ce que vous faites, vous dites ce que vous achetez. Epatant ! Ainsi, toute votre communauté d’amis (et on commence à comprendre que le terme « ami » sur le web n’a pas tout à fait le même sens que dans la vraie vie), grâce à Blippy, pourra savoir en temps réel à quelles genres de dépenses inconsidérées vous consacrez votre salaire gagné à la sueur de votre front.

Vous vous passionnez de politique et êtes amoureux (comme moi) de notre secrétaire d’état à l’économie numérique ? Hop, vous achetez son bouquin (Tu viens ?) avec la commande en 1 clic sur Amazon et dans l’instant qui suit, vos XXX followers sont au courant de votre intérêt soudain pour la littérature politique de nos gouvernants.

Vous craquez pour la future iTablet d’Apple (« Moi, je suis prêt à prendre le pari que ça ne sera pas une tablette ») ? Dès sa sortie, vous vous précipitez sur Apple.com et faites craquer la carte bleue. 5mn plus tard, tous vos « amis » vous appellent pour savoir s’ils peuvent venir chez pour essayer le révolutionnaire accessoire.

Je pourrai égrenner les exemples ainsi à l’infini, mai, si vous connaissez et utiliser déjà Twitter, je pense que vous avez compris le principe.

Alors quoi ? Qu’est-ce qui me choque dans Blippy ? Que sous prétexte de notions de partage, d’échange de bons plans, de bons tuyaux, on sollicite l’internaute pour étaler en public une partie de sa vie privée. Bien sûr, côté marchand, on se félicitera de cette nouvelle machine à générer des données. Génial, vous saurez non seulement qui achète quoi où, mais aussi qui sont ses amis, leur profil sociologique, etc. De quoi proposer des offres encore plus personnalisées et encore plus ciblées. Imaginez un Criteo qui se servent de ces données.

« Moi sur Blippy : Yeah, les gars ! Je viens de m’acheter une superbe paire de gants de ski chez Décatlhon pour la modeste somme de 17€90 ! »

Et toc, pendant tout le reste de ma navigation, j’ai le droit à des pubs pour des chaussures de skis, des bonnets, des surfs, des séjours à la montagne, des crèmes solaires, etc, etc… Vous avez compris la formidable puissance du truc. Mieux encore, Criteo pourrait servir les mêmes publicités à mes followers qui se demanderaient bien pourquoi d’un seul coup toute la pub qu’ils voient a trait à l’univers des plaisirs de la neige.

Maintenant, je vous laisse imaginer AUSSI à quels risques pour la vie privée des internautes ceux-ci risquent d’être exposés. Mais j’ai peut-être tort de soulever la question, non ?

Pour bien comprendre ce qu’est Blippy, allez donc voir chez Mr Kaufman ce qu’il en dit : Blippy, le nouveau réseau social qui aime les cartes bancaires. Mais aussi chez Daniel Langrand de Wizeoo qui, lui, s’enflamme carrément pour le service : Blippy.com, votre carte bleue a maintenant son Twitter.

Et pour de détail sur le principe de Blippy et ses perspectives d’usages,  il faut lire l’article de Techncrunch (très complet, mais en anglais) en le complétant  avec Blippy – How shlould a Twtter for shoppers look like sur Exciting Commerce.

Bonne lecture !

>> Aller sur Blippy.com

13 commentaires

  1. J’ai aussi un peu étudié ce service il n’y a quelques jours. Et effectivement, je n’ai pas compris ce besoin de transparence… qui n’a que peut d’intérêt.

    Autre truc étrange : pour ce n’est pas basé sur Twitter ? Il faut recréé un autre réseau social dans Blippy. Ce service aurai pourtant pu être totalement intégré dans Twitter.

    Bref, à suivre…

  2. Je m’enflamme, je m’enflamme … Pas vraiment pour le service ou l’utilité final coté client, voir même le coté « déontologique » de la chose (le mot en lui-même n’a que peu de chose à voir avec le commerce).

    En revanche, coté « ciblage marketing », des idées a la pelle tu auras !

    Tu sais Olivier, il y a à peine 3 ans, je me demandais encore « Mais à quoi sert facebook ? »

  3. Je pense que l’intérêt se situe surtout du côté des annonceurs. Leur fantasme de shopping social et d' »influenceurs » prescripteurs d’achats devient alors réalité. On le voit déjà avec des personnes drainant une grande communauté comme Pud par exemple. Chacun de ses achats fait l’objet d’une vraie conversation parmi ses followers.
    Par ailleurs, je pense que ce type de service a bien plus d’avenir outre atlantique où l’argent est bien moins tabou qu’ici.
    Reste à voir comment ils vont l’intégrer pour les autres marchés.
    Merci pour cet article, le capitaine toujours à la pointe des nouveaux services 🙂

  4. Ça intéresse quelqu’un des trucs genre ‘cobolian a acheté 3 boites de cassoulet’ sur twitter ?

    Par contre, pour du bouquin ou des produits hypes pourquoi pas ? Histoire de se la péter, ce qui est quand même le but.

  5. Mouais, personnellement je ne me mettrais pas à ce genre de service, (fausse) convivialité ou pas.

    En revanche côté marketing, c’est clair que ça a un certain intérêt, pour peu seulement qu’on considère

    1) que l’intégralité de nos achats aient un déterminisme « social » et que donc mon réseau a le même type d’achats que moi (ce qui peut être vrai pour des biens de loisirs ou culturels l’est-il pour des biens de consommation courante ?)

    2) qu’on puisse avoir des outils d’analyse pertinents pour ces grandes quantités de données à faible valeur unitaire. C’est bien mignon d’avoir des données à la pelle, encore faut-il avoir le temps et les capacités de les traiter, sans parler même de l’intérêt de disposer de l’ensemble de ces données pour son propre marché…

    Si je vends des lave-linge, est-il important que je sache quels livres mes clients achètent ? Si je vends des livres, est-ce que la marque de leur lave-linge m’importe ? (je caricature un peu)

    Sans compter qu’il faut vraiment être un consommateur gogo pour voir dans ce type d’application autre chose qu’un collecteur de données marketing. Franchement… Si je veux partager des achats avec mon réseau, par exemple des livres ou un superbe reflex numérique, je le fais déjà sur Twitter ou Facebook, je n’ai pas besoin de le faire automatiquement pour tous mes achats.

    Bref, sceptique, sceptique… mais comme en effet on ne sait plus trop ce qui peut marcher ou pas, je me garderai bien de donner un jugement trop tranché 😉

  6. Non, tu n’as pas tord de soulever la question.
    On entre dans des systèmes de plus en plus intrusifs, sous couvert de « réseau social ».

    Déjà, Facebook, ce n’est pas très glorieux, avec Twitter, on peut écrire ce qu’on fait quand on veut…
    Et là, les gens pourront dire en live ce qu’ils achètent.

    La question qui se pose aussi, c’est de savoir pourquoi des gens ressentent le besoin d’étaler ainsi leurs vies privées.

    Enfin bon, j’pense que ça va flopper.

  7. Excellent article sur les abus du pseudo-communautarisme du web x.0.

    Pour autant, s’agit-il de transparence comme vous l’indiquez en début d’article… Ou bien de communication ?
    Ce n’est pas, pour moi, de la réelle transparence, car l’utilisateur filtre (plus ou moins, consciemment ou pas) ce qu’il affiche. Je vois mal le compte Blippy de Jean S. afficher par inadvertance « Petit porno suédois acheté en promo 3,5 € sur mon-cochon.net ».

    Enfin toujours est-il que le fond reste le même : un outil d’intrusion, sous couvert de communautarisme, qui ne manquera pas d’être exploité par la publicité (ou pire).

  8. @foutrak : attention, Blippy est un service typiquement américain. Là bas, les gens ont souvent plusieurs cartes de paiement et l’idée qui sous tend Blippy est que seule une seule carte y serait affectée. La carte Blippy serait donc celle des paiements vus par ses amis sur Internet, ce qui laisse le choix de ce qu’on affiche.

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Capitaine

Article de : Capitaine

Olivier Sauvage est le fondateur de Capitaine-commerce.com et de Wexperience, agence spécialisée en expérience utilisateur digitale.