Comment parler à un chef de projet ?

Avant de parler au quidam, il faut bien comprendre quelle est sa fonction. En gros, c’est normalement le pourfendeur de problèmes, l’apôtre du délai respecté, le héros du respect du cahier des charges. Pour le client (interne ou externe) c’est son interlocuteur principal. L’homme orchestre par excellence.

lidoledemajeunesse

Un peu d’histoire

Il fut un temps lointain où un chef de projet avait pour tâche de mener à bien une mission claire et bien définie. Le brave avait une connaissance (pas trop lointaine) de la technique ainsi que de son domaine applicatif, sans compter la gestion de l’équipe (analystes programmeurs et programmeurs) et ces foutus délais. Et c’était déjà beaucoup pour un seul homme (ou femme hein, je ne suis pas misogyne). Les vieux parmi vous se souviennent de termes barbares tels que MOA, MOE, cahiers des charges, régles de gestion…

grandevadrouille

Puis vint le ouaib

Héritée des métiers de l’informatique, cette position désigne dans nos métiers du ouaib le pivot d’un projet, mais aussi un peu un commercial, un spécialiste du marketing, un poil  designer, un connaisseur de la technique, un amateur de seo et que sait-je encore. Il connait et maitrise 95 métiers en plus celui du client.

Bref, une grosse tronche qui connait tout et qui comprend tout en une fraction de seconde. Sans compter qu’il fait office de papa/maman la plupart du temps. Un bon mélange d’Einstein et de Superman.

Et le plus fort, il sait parler aux développeurs (en vrai il fait semblant), ces êtres étranges venus d’ailleurs !

étymologie de cuisine

S’il y a bien un titre clinquant, c’est bien celui de chef de projet. Notez bien que dans notre belle langue, on ne dit pas organisateur de projet, animateur ou planificateur. Non, on utilise – probablement à tord – le mot chef ! Ce qui veut tout dire : c’est le boss ! Il a l’univers à sa pogne. C’est pour ça qu’il a un beau costume. Mais moins beau que celui du commercial quand même, faut pas pousser mémé dans les orties.

chef

Entre le marteau et l’enclume

Le chef de projet a la malchance de se trouver au point exact ou tous les problèmes surgissent. Ainsi il aura la chance de ne jamais s’ennuyer. 

Sachez que le bonhomme à des nerfs d’acier, car il lui faut résister à de nombreuses contraintes. La pire est probablement la répétition des phrases suivantes :

– Le client : ‘C’est trop long’

– Le graphiste ‘C’est trop court’

– Le dév : on ne comprends pas trop ce qu’il dit, mais c’est surement ‘Je le fait en 10 minutes si on me fout la paix’.

– Le boss : ‘Pas assez cher’

– Le client ‘C’est trop cher’

– Le commercial ‘Je l’aurai vendu 5 fois plus cher, avec en option les jantes alu’.

– Le client ‘Pourquoi vous voulez un cahier des charges ?’

– Le dev : ‘Il est ou le cahier des charges’ (traduit du klingon, expurgé des gros mots)

Pour compenser ce privilège, la nature est bien faite : quand le projet réussi c’est lui qui va au resto. S’il capote, c’est de la faute à ces fumiers de dévs.

Attention quand on parle argent avec un chef de projet. D’un côté il veut faire plaisir à son boss (le chef-chef de projet), de l’autre il meurt d’envie de contenter le client. Sans compter le commercial qui vient parfois mettre son nez dans la discussion (10 k€ de budget minimum, sinon il a piscine ou un cours de poney).

Avec tout ça, le pauvre CP en devient vite neurasthénique.

avare

Le chef de projet technique

Le CP technique est plus proche d’un CP classique que d’un CP ouaib (cette phrase est obscure, je sais). Les graphistes avaient un directeur artistique. Les dévs – fort jaloux – ont eu son pendant.

En général le CP technique est un dév qui sait se tenir en société, mange proprement et connait en plus le PHP,.NET,SQL, Java (ou sa soeur Javascript). Il maitrise souvent fort mal le français, mais reste compréhensible à l’oral. Il s’habille correctement, même si on dirait qu’il récupére des vieilles fringues. Au moins il est propre, pas comme ses petits camarades.

Sa place est devenue une nécessité, tant nos métiers se spécialisent. Désormais, le CP peut se consacrer à d’autres tâches, et apporter une plus-value plus axée sur des sujets plus importants (le marketing quoi). Ainsi, le CP n’est-il plus un être protéiforme qui fait tout mais rien.

Parlez lui gentiment

Tributaire du travail des autres (en général des feignants), le pauvre est moqué de tous. En effet, il ne produit rien si ce n’est du papier. Il passe son temps à discuter avec l’un ou l’autre, et ne comprends pas forcément tout. Attention, ce n’est pas son boulot de tout connaitre !

Ne vous moquez pas de lui s’il vous demande si on peut mettre du flash sur un site en php (enfin si, mais discrètement). Si vous êtes graphiste, ne lui dîtes pas d’un air pince sans rire que vous allez vous inspirer de giger pour le site de jouets sur lequel vous bossez. Si vous êtes commercial, vous vous gaussez déjà de tout le monde, soyez juste un peu moins cruel.

32 commentaires

  1. Excellent ^^
    Je reconnais bien la description ! Merci de sensibiliser le ouaib à notre métier dont la plupart des gens disent : « tu fais quoi exactement comme métier ??? »

  2. Je suis CP dit « technique » (terme que je n’aime pas d’ailleurs) et je suis d’accord sur l’essentiel sauf sur ce paragraphe : d’abord la description qui en est faite est très loin des réalités d’aujourd’hui et d’autre part le territoire du CP technique n’est plus cantonné à la technique. Pour pouvoir reformuler les besoins du client, chasser l’implicite et le non-dit, anticiper l’avenir, bref ce que fait tous les jours un CP il faut être capable d’aller bien au-delà d’un territoire donné et s’intéresser aux 95 métiers dont tu parles.
    Pour finir, le CP est également là en complémentarité du CP ouaib (ou plus généralement des CP métier) dont il arrive qu’il compense certaines lacunes.
    Dernier point, comme dans bcp d’entreprises le système d’information ne se résume pas à un site web et dans ce contexte, le rôle (et la valeur ajoutée) du CP dit technique devient central.
    En définitive le CP c’est une sorte de mouton à 5 pattes 😉

  3. Excellent billet, plein de justesse et d’humour.
    J’ai aussi appris le mot : « neurasthénique » !!
    Cela me permettra de briller un peu plus en société !! 😉

  4. c’est tellement vrai!
    d’autant plus pour le chef-de-projet-fonctionnel-qui-a-appris-le-jargon-technique-sur-le-tas que je suis 😀

  5. très beau tableau 🙂
    Je suis pas forcément d’accord sur le commercial qui dit qu’il pourrait vendre le projet plus cher, car d’après mon expérience, le chef de projet (ou CP) est responsable d’un temps qu’il n’a pas estimé!
    ou alors, il participe à l’estimation, et le commercial lui sussurre des « trop long trop cher » « on peut gagner combien de temps là? » etc etc…
    le commercial est payé à comm, lui… pas sur la rentabilité du projet.

  6. Notre cher Jacques n’en deviendrai t’il pas psychologue ou même sociologue?
    Avec des billets pareils….

    Excellent en tous cas, on s’y retrouve à 100 %, surtout du point de vue du commercial.
    J’attend la même version pour les commerciaux, les graphistes et les devs d’ailleurs !

  7. J’adoooooooooore ! et d’accord avec Sergio le CP Web et CP technique, se complète. En tout cas, on se comprenait! on avait notre language ,-)
    Par contre, pourquoi je ne vais pas au resto, môa !!!!!!!! ,-(

  8. C’est à peu pres cela // sans compter les manque de moyens avec d’assurer le reporting au directeur technique qui ne comprend pas pourquoi le dossier n’a pas bougé depuis 3 mois euhhhh 6 mois //

    Vendre un projet c’est bien // le réaliser c’est toujours une autre paire de manche.

  9. Oh la on se calme sur les dev 🙂
    Comme tu le dis si bien le CDP ne connait pas tout, et c’est bien là le problème. Faudrait peut-être revoir le concept et penser comme au US où ils parlent plus de Team Leader parce qu’actuellement même avec un chef de projet technique qui ne participe pas à la production c’est plus le téléphone arabe qu’autre chose.

  10. Excellent ! Manque aussi les coups de pieds au cul à donner à son équipe et parfois au client (ils sont où les documents promis ? Les visuels ??).

    Le chef de projet, c’est aussi celui qui doit avoir réponse à tout, par exemple le classique « quoi, on a pas encore été livré ?! », ou encore « hein, 6 mois ?! »

    Le chef de projet, c’est celui que plus rien ne peut surprendre ou étonner… mais pas les graphistes 😉

  11. Excellent et drôle à souhait !
    Ah ca fait du bien de dédramatiser et de se dire que c’est ca le métier : un tissu de mimiques à la Louis de Funès :p

  12. Hello,

    Bon billet si ce n’est sur la génèse du cdp tech.
    Il n’est pas apparu par jalousie de l’équipe Design mais simplement pour combler deux vides énormes présents dans les DSI :
    – premièrement, il a fallu trouver un vrai manager pour les dévs. En effet, en France, on a toujours considéré qu’il fallait nommer chef de l’équipe le meilleur développeur de son équipe sans forcément se préoccuper de sa réelle compétence de leader. Résultat, dans la plupart des équipe de dév, le chef d’équipe sert de coach de dév voire d’architecte dans les projet et on attend du CDP Tech de manager les dév impliqués et, comme tu le dis, avec option ‘assistant maternel’ pour ces chers petits…
    – deuxièmement, il a fallu également combler le manque total de communication constructive dans les Dir. Tech. On attend donc également du CDP tech qu’il apporte du ciment entre les équipes techniques et qu’il calme les gueguerres de chapelles inhérentes à l’égo assez bien dimensionné de nos amis ‘ingénieurs informaticiens’ 😉 (aka « C’est pas mon dév, c’est la Prod qui ne sait pas exploiter », C’est pas mon environnement, c le QA qui n’a pas repéré les bugs des dévs », etc.)…

    Bref, amis cdp tech, demandez votre émancipation et évoluez vers du technico-fonctionnel. Je peux vous assurer que vous vous épanouirez beaucoup plus. Ca vous permettra aussi de vous ouvrir et de pouvoir expliquer la vie réelle à nos chers développeurs (« ton dév est génial mais il a coûté la moitié du budget de la direction… » ou « on avait chiffré 2 semaines, tu as mis 2 mois et tu ne vois pas le problème ?! »), eux qui ont si souvent le travers de penser devoir nous expliquer ‘la technique’ 😀

    @+

  13. Hahaaaaa, très bonne définition !
    Pas facile de décrire ce métier un peu fourre tout et avec autant d’humour !
    Bravo !
    Ma copine qui est graphiste m’a envoyé les liens des deux billets et je trouve que le chef de projet est plus épargné 😉
    @+

  14. « Java (ou sa soeur Javascript) »
    Quelle Ignominie! Comment rendre fou un développeur Java en quelques mots ! 😉

    Sinon, très bon article, si mon CP pouvait faire la moitié de ce qu’il y a d’écrit, je serais aux anges…
    Mais c’est loin d’être ça…

  15. Oui,

    je confirme bien la réalité du portrait brossé ! Avec une réserve, et de taille : et en plus, ils sont très mal payés ! J’en connais même qui bossent pendant leurs vacances, preuve ultime de leur professionnalisme !
    Bravo pour votre analyse qui mérite d’être diffusée largement ! (auprès de toutes les autres catégories mentionnées – et aux étudiants surtout !)

    Amitiés

  16. Bonjour à tous. Je me présente, je m’appelle Jonathan, je suis en 2e année en DUT Techniques de Commercialisation.

    J’aimerais par la suite, devenir chef de projet, j’aimerais avoir des avis quant à une possible voix à suivre en termes d’études.

    J’attends vos réponses avec impatience!

    Cordialement.

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Article de : Cobolian

Jacques Terrier Ecrit sur ce blog et ailleurs : Tutos performance web et formation e-commerce sur OSEOX Twitter : Twitter