Interview Antidot : c’est quoi un moteur de recherche sémantique ?

Gears
Vieux moteur de recherche mécanique. Il fallait trois jours pour répondre à une requête (mais non, c'est une blague !) Photo par : wwarby

Le moteur de recherche comme béquille d’une mauvaise ergonomie

Le moteur de recherche d’un site ecommerce est un peu comme la béquille d’une ergonomie déficiente. Si beaucoup d’internautes l’utilisent directement sans passer par l’arborescence, d’autres l’utilisent dès lors que les outils de navigation traditionnels ne leur permettent pas de trouver rapidement l’objet de leur désir.

Cela implique d’avoir un moteur qui fournisse des réponses pertinentes, ce qui est loin d’être le cas pour les moteurs intégrés de nombreuses solutions open source, par exemple. Il peut dès lors être une bonne idée de pallier cette faiblesse en intégrant une solution plus efficace comme un moteur de recherche sémantique (bien utile dans le domaine de la mode).

Interview de Pierre Col de Antidot

C’est pour cela que j’ai voulu en savoir plus en interrogeant Antidot, un acteur reconnu sur le marché, et qui a bien voulu répondre à quelques unes de mes bêtes questions.

Capitaine : Bonjour Pierre Col, vous êtesle directeur marketing d’Antidot, pouvez-vous vous présenter votre société ?
Pierre Col : Antidot est un éditeur de solutions de recherche et d’accès à l’information, créé en 1999 : notre produit phare, AFS (Antidot Finder Suite) est un moteur de recherche qui bénéficie de plus de 10 ans de recherche et développement. Sur la base d’une technologie de search au départ généraliste et horizontale, nous avons décliné des solutions verticalisées, optimisées pour certains métiers ou secteurs d’activité.
Ainsi AFS@Store est une version de AFS particulièrement destinées aux sites marchands : AFS@Store permet non seulement d’améliorer la recherche de produits sur un site marchand, une fois que les visiteurs sont sru le site, et d’optimiser le parcours client pour faciliter sa décision d’achat, mais aussi de faire du merchandising sur le site avec une présentation des résultats de search qui prend en compte les contraintes business du marchand : disponibilité des produits, rotation du stock, taux de marge etc.

Capitaine : Comme je suis un peu bête, j’aurais voulu que vous m’expliquiez la différence qu’il y a entre un moteur sémantique et un moteur de recherche « normal »
Pierre Col : Le web sémantique, également appelé « web des données » ou LinkedData, vise à faire en sorte que le contenu d’une page web soit mieux compréhensible par des machines et des logiciels qui vont analyser ces pages web, et qui pourront réaliser des traitements automatisées à partir d’informations qui y ont été placées spécifiquement pour eux, sans être visibles d’un visiteur « humain ». En mettant des informations décrivant précisément les produits directement dans les pages web d’un site marchand, le web sémantique permet globalement d’améliorer la visibilité des articles d’un catalogue, directement et indirectement.

Ainsi par exemple AFS@Store permet déjà d’agir favorablement sur le référencement naturel des produits du catalogue sur les moteurs de recherche grand public comme Google, Bing et Yahoo! : ce point important est évidemment renforcé avec l’intégration des technos du web sémantique et en particuliers les microformats et balises RDF (dont Kevin Ha nous parlait sur ce blog), désormais supportées par les moteurs grand public (voir les annonces récentes de Google et leur mise en oeuvre très concrète) . L’impact visuel de l’utilisation de ces technos du web sémantique est fort :

Exemple de résultat RDF dans Google

Vous imaginez que le taux de clic sur ces images, et donc le trafic et le taux de transformation pour ces marchands qui apparaissent dans la zone encadrée de rouge, est nettement meilleur que pour les autres résultats de recherche situés au-dessus !
Avec le web sémantique, le merchandising web est puissant dès le moteur de recherche grand public !
Et avec AFS@Store, c’est au moment d’indexer le catalogue pour permettre aux internautes qui vont visiter le site marchand de trouver les produits qu’ils cherchent que l’on ajoute, automatiquement, toutes les informations qui vont favoriser le référencement comem dans l’exemple ci-dessus.

Le web sémantique permet au e-commerçant de publier facilement son catalogue, sous une forme standardisée, à destination de son écosystème : les revendeurs, les places de marché, les comparateurs de prix avec lesquels il travaille peuvent récupérer automatiquement toute l’information sur ses produits via un seul flux HTML enrichi de balises RDFa qui indiquent de façon normalisée la taille d’un article, sa couleur, son prix (ou ses prix avec la devise correspondant à chaque valeur si le catalogue est multi-devises),l’existence d’une promotion avec le prix promo, la disponibilité etc. Plus besoin de faire un export de données spécifique pour chaque interlocuteur, un seul et unique catalogue web sert à tout.
Avec le web sémantique, l’échange d’information commerciales avec l’écosystème est simplifié et donc fluidifié !

Concrètement, j’ai en tête les résultats mesurés par Milonga Music : avec AFS@Store intégré à la solution Compario, son site est passé de 10% d’utilisation du moteur de recherche à 65% : les 2/3 des visiteurs du site font appel au moteur de recherche, contre 1/10 auparavant. C’est globalement une tendance lourde sur les sites marchands, où le emoteur de recherche devient le principal vecteur de la navigation du client.

Et ensuite, avec les fonction de merchandising qui orientent le client vers les produits correspondant précisément à sa recherche, et de surcroît livrables rapidement et/ou en promo, le taux de transformation est doublé pour les « chercheurs » – visiteurs qui sont passés par le moteur de recherche, comparativement aux « butineurs » – ceux qui ont navigué classiquement sur le site via les rubriques arborescentes du catalogue.

Troisième « effet kiss cool », avec les fonction de suggestion intelligente de produits complémentaires, le moteur de recherche tend à accroître le montant du panier moyen…mais là je n’ai pas de chiffre précis.

Capitaine Commerce : Merci pour cet exposé, Pierre. J’espère qu’il sera utile aux lecteurs du blog.

16 commentaires

  1. « qui prend en compte les contraintes business du marchand : disponibilité des produits, rotation du stock, taux de marge etc »

    Ca c’est top !

    Par contre j’imagine que ça doit avoir un certain coût…

  2. 65% d’utilisation du moteur de recherche interne, c’est bien ou pas ? Éternelle question… Est-ce lié à l’arborescence défectueuse ou à une vraie qualité intrinsèque du moteur ? Est-ce qu’il génère 65% des revenus ?

  3. @Sylvain : sur un gros catalogue, je pense qu’un très bon moteur de recherche est important. Plus il y a de produits, plus l’utilisation d’un menu de navigation est fastidieux et peut donner l’impression de ne pas aider à voir toute l’offre.
    En revanche, un bon moteur de recherche ne doit pas être déceptif et être capable de répondre à des requêtes complexes des internautes (utilisation de plus en plus courante, j’imagine, du langage humain plutôt que des simples mots clés).
    Par ailleurs, coupler une page de résultat de recherche avec un système de filtres peut être très efficace pour amener à trouver rapidement un produit.
    En bref, un bon moteur de recherche est indispensable.

  4. Je parle en connaissance de cause car j’ai animé le moteur de recherche de laredoute.fr pendant 2 ans pour en arriver au résultat actuel plutôt sympa. Un chercheur est un acheteur en puissance ! Je me pose juste la question sur ce chiffre de 65% qui me parait énorme. L’ergonomie peut expliquer ce taux car il est plutôt massif.

  5. Juste un complément d’information, pour illustrer ce que peut apporter un moteur de recherche bien paramétré sur un site de e-commerce :

    – Sur le site de Milonga Music, cherchez « gratte » et vous trouverez immédiatement les guitares : le moteur de recherche prend en compte un thésaurus métier spécifique à la musique.

    – Toujours sur http://www.milongamusic.com, chercher « gitare » ou « guitarre » et vous trouverez aussi du premier coup les guitares, grâce à des fonctions de tolérance syntaxique et orthographique. C’est aussi valable pour les références de produits techniques ou les marques étrangères que les consommateurs ont souvent du mal à orthographier juste.

    – sur un site de vente de vêtements et textile, le moyeur d’Antidot prend en compte un thésaurus couleur qui peut être complété à volonté, permettant de trouver les produits correspondant à « anorak kaki » ou « jupe saumon » ou toute couleur poétique inventée par l’imagination sans limite d’un créateur 🙂

  6. Sylvain a raison une utilisation de 65% du moteur de recherche interne est trés rare et c’est souvent mauvais signe….

    En moyenne c’est plutot 20% max d’après mon expérience

    D’ailleurs Pierre Col (que je connaissais pas avant ce billet) a confondu l’augmentation du taux d’utilisation moteur chez MilongaMusic depuis 3 ans qui est de 65% et le taux d’utilisation du moteur qui est lui de 12%
    (Vérifié à l’instant avec le responsable du site Milonga chiffre de Janvier 2011)

    Pour finir j’ajouterais que depuis le début de notre collaboration avec Antidot et d’autres briques de recherche nous avons dépensé beaucoup d’énergie à faire une chose essentielle : REDIRIGER vers la navigation existante à chaque fois que possible sans générer une page de resultat de recherche.

    Exemple je recherche des saxophones : je suis redirigé sur la page des saxophones automatiquement au lieu de générer une page de résultat

    C’est full automatique , toute la navigation du site influe sur le comportement du moteur de recherche interne

  7. Effectivement, le fait de rediriger directement sur la page d’atterrissage plutôt que sur une page de résultat augmente sensiblement le taux de conversion.

  8. Article qui m’intéresse beaucoup 🙂

    Juste sur les chiffres liés à l’augmentation de l’utilisation de la fonction recherche : c’est le zoning du site et la mise en avant de l’outil plutôt que la performance du moteur lui qui joue le plus, non ?

  9. la version iphone et android de milonga est prête pilotable par le même middle office que pour le site web, ya plus qu’a…. les fonctionnalités de nav et recherche a facettes, autocomplete, tolérance etc.. sont embarqués

  10. @MaT : je ne connais pas de moteur « parfait » sur des catalogues volumineux et j’ai pourtant travaillé sur de nombreuses solutions. Il y a toujours des faiblesses (analyse sémantique et/ou le merchandising/ranking des résultats, gestion des facettes…). Nous y travaillons et j’espère arriver au résultat idéal d’ici quelques mois.

  11. Mea maxima culpa, j’ai effectivement confondu l’accroissement du taux d’utilisation du moteur de recherche avec ce même taux, en valeur absolue.

    Je remercie Frédéric d’avoir rectifié mes propos erronés, et aussi apporté les précisions utiles sur le fait que la solution Compario n’appelait le moteur Antidot que dans le cas où la recherche du visiteur ne permettait pas de lui proposer directement une page de navigation existante.

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Capitaine

Article de : Capitaine

Olivier Sauvage est le fondateur de Capitaine-commerce.com et de Wexperience, agence spécialisée en expérience utilisateur digitale.