Interview exclusive d’Amélie Boucher sur l’Ergonomie Web

Amélie Boucher a accepté notre interview pour le lancement de la troisième édition de son livre: Ergonomie Web. Merci à Amélie d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Ergonomie Web 3e Edition

Bonjour Amélie, pourrais-tu te présenter?

Je suis ergonome et architecte de l’information, auteure de deux livres sur le sujet.

A qui s’adresse ton livre? Plutôt aux pros de l’ergonomie ou plutôt aux gens qui n’y connaissent rien?

Ergonomie web s’adresse certainement à ceux qui n’y connaissent rien, mais aussi à ceux qui veulent perfectionner leurs connaissances, que ce soit sur le plan de la théorie, de la pratique ou des méthodologies de conception centrée utilisateur. C’est un livre à tout faire, pas une simple introduction mais un ouvrage qui présente et détaille les fondements, les règles, les méthodes. C’est donc moins un livre pour les gens qui pratiquent cette discipline tous les jours (bien qu’ils puissent l’utiliser!) que pour ceux dont ce n’est pas le métier.

L’objectif était justement celui-ci : démocratiser des connaissances qui jusqu’alors étaient plutôt réservées aux initiées et restaient dans des sphères restreintes, dans une sorte  de culture du secret. Les anglophones nous ont appris cette capacité à dire, montrer, vulgariser. Ce n’est pas un risque, mais une opportunité. L’ergonomie est un domaine de plus en plus connu, mais qui a encore besoin d’être raconté et expérimenté pour faire réellement partie des process industriels de production web.

Ce qu’il faut surtout retenir, au-delà du niveau d’expertise des lecteurs, c’est que le livre s’adresse à tous les métiers du web. Pas seulement à ceux qui fabriquent, mais plus largement à tous ceux qui sont liés à l’édition d’un site Internet. Je pense notamment aux décideurs : il est capital que ces derniers comprennent l’importance de l’ergonomie si nous voulons qu’ils impulsent des actions et libèrent des budgets dans ce sens. Un de mes objectifs est qu’au sortir de la lecture, ils puissent être convaincus et penser à leur utilisateur final d’une toute nouvelle façon.

C’est déjà la 3ème édition du bouquin, que contient de plus la dernière par rapport à la précédente?

La couleur, ô joie ! Plus sérieusement, l’ensemble des 300 et quelques exemples a été entièrement renouvelé, ce qui donne à la lecture du livre une fraîcheur notable : depuis 2009 – date de sortie de la 2nde édition, le web a changé : les sites n’ont plus la même allure, les possibilités technologiques se sont développées, de nouvelles tendances sont apparues… Enfin, bien sûr il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir, mais la professionnalisation des métiers est palpable.

Cette 3ème édition témoigne donc d’abord de son époque. Parmi l’ensemble des exemples de l’édition précédente, très peu de sites étaient restés à l’identique, que ce soit à l’occasion d’une refonte totale ou d’optimisations plus limitées. C’est prometteur de voir que le web bouge et évolue. Pour en revenir au livre, ce ne sont pas seulement de nouvelles versions des mêmes exemples qui sont présentés, mais le plus souvent des exemples différents. Pas vraiment par nécessité, mais plutôt parce que j’avais envie de changement. Les nouveaux exemples sont donc pour la plupart extraits d’autres sites web et ils ne présentent pas forcément les choses sous le même angle.

Les domaines sont toujours aussi variés : e-commerce, sites éditoriaux, institutionnels, réseaux sociaux, sites d’image, de marques, de médias… Mais il y a plus de sites outils ou applicatifs qu’auparavant (banque en ligne, espaces clients, messageries, agendas ou documents en ligne par exemple), et on le comprend au vu des évolutions récentes des produits et usages.

Comme le plus important en ergonomie est d’appliquer ce que l’on apprend, on comprend l’importance des illustrations et cas concrets! Au-delà de ce travail sur les exemples, les contenus ont été légèrement retravaillés et quelques nouveautés parsèment l’ouvrage, notamment un focus sur l’eye-tracking et une nouvelle préface écrite par Elie Sloïm, qualiticien préféré de l’Internet.

Tu aurais un conseil pour les nouveaux qui se lancent sur le web?

Regarder autour d’eux, s’inspirer de ce qui se fait sur le web (et pas seulement chez leurs concurrents!). Certainement aussi s’inspirer de ce qui se fait ailleurs que sur le web. On a tendance en tant que spécialiste de l’Internet à être très auto-centrés, à oublier la vraie vie des gens, leurs besoins, leurs usages, jusqu’à leur manière de s’exprimer et autres signes ô combien importants.

Un second conseil serait de toujours commencer par leurs utilisateurs, même dans un objectif business : comprendre à qui l’on s’adresse et faire des choix en conséquence est le meilleur moyen d’atteindre ses fins. Encore plus parce que c’est de plus en plus rare de pouvoir se différencier uniquement par l’offre.


Tu penses qu’on a besoin d’être un pro pour faire un site performant?

Non. Ce serait très triste. On est sans doute même parfois trop pro. Les usages réels, ou ceux que l’on peut observer lors de tests utilisateurs, nous montrent régulièrement des résultats totalement contre-intuitifs, à l’inverse de ce à quoi on aurait pu s’attendre. Ce que j’aime dans le regard d’un « non pro », c’est justement le côté naïf, presque enfantin pour nous qui sommes tellement plongés dans l’univers du web. L’idéal serait de pouvoir conserver cette fraîcheur et cette proximité du réel tout en s’entourant de gens compétents.
Si tu devais changer quelque chose dans le monde du web ce serait quoi?

Le web en lui-même? Les défauts liés à sa définition même, les ruptures d’usages liées à des contraintes logistiques. Le réseau, les batteries, écrans, câbles… le matériel, en soi. Tout ce qui, parce qu’il est machine, nous coupe  de ce qu’on cherche à atteindre par l’Internet : l’information, la communication avec nos pairs, l’émotion.

Pour toi qu’est-ce qu’un bon site?

Je ne dirais pas simplement « un site gentil avec ses utilisateurs ». Bien sûr, la réalité du web en tant que business nous impose de penser autrement. Un bon site serait à la croisée de la performance technique, de sa réussite économique et de la qualité de l’expérience qu’il offre à ses internautes (qui va parfois plus loin que la simple plateforme web). Dans cette expérience, j’inclus naturellement l’offre et sa valeur : en tant qu’utilisateur, que vais-je pouvoir y trouver? A quel point ce site Internet, parce qu’il me donne accès à tel contenu ou me permet de réaliser telle action, va pouvoir changer ma vie?

En termes plus organisationnels, un bon site pourrait être celui qui joue le rôle de moteur dans une structure existante, qui impacte des évolutions sur d’autres canaux, qui fait bouger les choses et les esprits.

Un mot pour conclure, ou une citation?

Peut-être celle en vogue en ce moment, de Todd Matthews (designer chez Heroku), à la conférence Warm Gun 2011 :
« Respect for detail shows respect for users. »

13 commentaires

  1. J’ai lu son livre que je conseil à tous le monde c’est vraiment intéressant. Je suis moi même en ce moment entrain d’améliorer l’ergonomie d’un site et ce n’est pas chose facile tant les comportements sont différents et parfois… « farfelu » !

  2. Les exemples de cette dernière édition sont très pertinents en tout cas 🙂 Moi aussi je le conseille, c’est un bon investissement !

  3. J’ai lu la deuxième édition, c’est d’ailleurs depuis cette époque que j’ai compris l’importance de l’ergonomie (et que j’ai découvert capitaine commerce 😀 ). Je conseil vivement ce livre, en revanche je reste dubitatif sur l’intérêt de lire la 2eme version puis la 3eme 🙂

  4. Sans ergonomie pas ou peu de taux de conversions, donc le référencement est inutile. J’avais commencé ma lecture avec le livre de Mr Roukine, je vais continuer avec votre livre Mlle Boucher.

    Cordialement.
    Yavuz KUTUK

  5. J’ai lu la dernière version et eu la chance d’écouter plusieurs fois Amélie en conférence (SMX,Paris Web…), toujours très instructif.

    J’attends avec impatience le duo de choc capitaine commerce / Amélie lors d’une prochaine conférence.

  6. De mon côté, j’ai tout fait à l’envers ; je travaille actuellement avec Amélie sur la refonte de mon site (très pro Amélie), le travail de conception est terminé et le développement en cours. Et je commence maintenant à peine la lecture de son dernier bouquin, ce qui m’ouvre un peu plus les yeux sur certaines de ses remarques ou préconisations. Pas du luxe pour le profane !

  7. J’ai acheté il y a quelques temps le livre d’Amélie (la 2ème édition), c’est pour moi (dev web amateur) presque une bible, car en plus des choses à faire et à ne pas faire, et en plus ça marche. Bon j’ai bien vu que certains sites avaient changés (en bien), par contre celui de la banque postale que je suis obligé d’utiliser n’a pas changé d’un iota.

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Article de : Superpam

Fervente amatrice d'e-commerce, Paméla Bonneau est étudiante en Webmarketing. Elle travaille chez Diginex aux côtés du Capitaine, en tant que Traffic Manager et Chef de Projet Web.