Faut-il s’abonner à Kindle Unlimited ?

Cet article est la réflexion personnelle de Capitaine Commerce sur la nouvelle offre d’abonnement illimité aux livres d’Amazon. Elle n’engage que lui et vous n’êtes pas obligé d’être d’accord 😉

Ebook entre libros de papel
Photo par Maria Elena sur Flick’r (cliquez pour aller voir)

J’avoue avoir été choqué par l’annonce d’Amazon de proposer en téléchargement illimité des livres grâce à son offre Kindle Unlimited.

Quoi ! On voudrait vendre le livre au rabais ? En faire un produit de consommation comme un autre ? Qu’on pourrait télécharger puis jeter ?

Toute ma fibre culturelle s’en trouvât, à la lecture de cette stupéfiante nouvelle, bouleversée, ébranlée, déchirée. Les livres, tout électroniques qu’ils fussent, méritent-ils un tel traitement ? Rabaissés au rang de vulgaires MP3 ou vidéos de série américaine ? Scandale !

Un scandale interplanétaire ?

Tellement « Scandale ! » que la première réaction des éditeurs français fut de saisir le gouvernement pour immédiatement interdire cette intolérable insulte et agression du grand méchant Amazon contre le monument national qu’est le livre en France.

Et à première vue, évidemment, louer les livres à moins de 10 € pièce (prix de l’abonnement par mois chez Amazon) ressemble étrangement à une énorme braderie dans lequel éditeurs et auteurs verraient leur revenus se diviser et se réduire à moins que rien. Au néant. Totalement inimaginable !

Peut-on lire 20000 livres à la fois ?

Que propose Amazon ?

En fait Amazon propose tout simplement un abonnement à 10€ par mois qui permet à n’importe quel bénéficiaire de cette offre de pouvoir choisir parmi un catalogue de 20000 articles un livre (10 au maximum) par mois. De le télécharger, puis de le lire sur sa liseuse. Kindle, iPad, iPod ou i-n’importe quoi. Les livres sont téléchargés, mais n’appartiennent pas à l’heureux propriétaire de la tablette qui n’en possède en réalité que le droit d’usage. Il ne pourra donc pas télécharger 20000 livres (si tant qu’il le pourrait matériellement) en une fois pour les lire plus tard. Cela limite donc déjà l’intérêt.

Autre frein à l’abonnement, le temps matériel qu’il faut pour lire un livre. Pour rappel ;-), un livre ce n’est pas comme un MP3. Il faut plus de 2mn30 pour l’ingurgiter (sauf des chef-d’oeuvres monumentaux comme la diatribe de V. Trierweiler contre son ex-amant, mais, c’est l’exception qui confirme la règle). En moyenne, Amazon espère qu’un utilisateur assidu de l’offre lira 2 à 3 ouvrages par mois. Ce qui réduit le prix du livre à 3,33€ tout de même !

Vendre ou louer ? Telle est la question

Mais ! Qu’on ne s’y trompe pas ! Amazon ne vend pas ces livres : il les loue ou les prête ! Ce n’est pas la même chose ! D’où le débat qui est né sur la légalité d’une telle offre ou pas. Car il y a une lourde différence entre les deux. Et louer 1 livre à 3€ n’est pas la même chose que le vendre au même prix, car, vous ne l’avez sans doute pas oublié, il existe une loi en France qui fixe le prix du livre. Or 3€ se situe largement en dessous du prix moyen du livre. D’où le débat et le combat déjà titanesque entre éditeurs et Amazon qui se sont déjà bien frités (en particulier Hachette contre Amazon aux Etats-Unis) sur ce sujet là.

Mais au delà de ces questions, il y a la Loi. Et dans leur grande sagesse, pour une fois, les législateur ont bien joué leur coup. Car, d’après celle-ci, seuls les éditeurs ont le droit de pratiquer l’abonnement du livre. Pas Amazon, qui est un revendeur (j’ai appris tout ça grâce à un bel article sur Actualitte). Amazon serait donc dans l’illégalité. Et bien que les compagnies digitales américaines soit aussi les championnes du droit commercial (UBER, airBNB, Netflix, Apple et j’en passe), on se doute que le dénouement de cette affaire ne va pas se jouer forcément à l’avantage d’Amazon.

Un livre est-il un MP3 comme les autres ?

Cette offre pose de nombreuses questions, mais celle qui les prédomine toutes est celle de la juste rétribution des auteurs. Et l’on voit bien que si l’offre d’abonnement tendait à se généraliser, les auteurs et les éditeurs n’y retrouveraient pas leurs petits. Trois livres par mois à 10€. Vous m’avez compris. Ca ne paye personne (et encore faudrait-il savoir comment Amazon se rémunère, ce qui est assez obscur en l’état des connaissances actuelles). Le modèle économique qui pourrait se mettre en place semble donc transitoire, pour ne pas dire expérimental, mais il a le mérite de soulever, à la manière américaine, par la force, de soulever le débat.

Encore faudrait-il l’apaiser par la question des usages.

Le papier, c’est fanstastique

Qui lit aujourd’hui des livres électroniques ? Et combien de gens dans l’avenir en liront ? En France,  il reste marginal par rapport au papier. Pour des raisons affectives, culturelles, peut-être… ou tout simplement pratique. Un livre papier, ce serait mieux dans la plupart des cas qu’un livre électronique. Il est vrai que la douceur et l’onctuosité du papier, l’odeur de l’encre ou de la colle d’un ouvrage fraîchement imprimés font partie du plaisir de la lecture. Alors que l’écoute  d’une chanson sur un MP3 n’est pas altérée (en principe) par le support. De même pour une vidéo. Je ne parle pas de la qualité de compression du son ou de l’image, mais de ce qui fait intrinsèquement le contenu de l’oeuvre. Evidemment, les puristes, surtout les musiciens, me contrediront, mais enfin, disons qu’une pochette de vynil ne va pas affecter la manière dont on écoute l’oeuvre, à la différence d’un livre, dont la relation au support papier compte pour une part importante dans le plaisir d’usage. Prenez tout simplement l’exemple des beaux livres et vous comprendrez le pourquoi de cette assertion.

Alors, tout cela dit, faut-il en conclure que l’offre d’Amazon est purement scandaleuse et qu’elle est uniquement le reflet d’une vilenie capitaliste ultralibérale de plus ? Ou bien est-elle aussi un moyen d’ouvrir un débat sur l’accès au livre ? Je vous laisse répondre à ces questions en commentaire. Je suis sûr que vous avez tous un avis intéressant à partager là dessus.

Sur ce, Joyeux noël !

8 commentaires

  1. Mais oui je l’ai lu ! Un domaine où notre capitaine n’aime pas le virtuel, l’achat dématérialisé ! Le capitaine est donc un humain ? Toutes mes certitudes s’écroulent …

    Bon je résume :
    – La musique : 10 euros par mois en illimité c’est bien
    – Les films / séries : 10 euros par mois c’est bien (enfin quand il y aura une offre digne de ce nom en France)
    – Les livres : 10 euros par mois c’est mal !!?? WTF ?

    Oui le papier c’est fantastique (le plastique aussi …), mais plutôt que de se poser ces questions matérialistes pourquoi ne pas voir le problème : ça fait quand même 30 euros par mois pour toute cette culture dont je ne saurais quoi faire !

    Simple rappel la redevance de notre beau pays est de 133 euros par an (soit environ 11 euros par mois), mais elle est OBLIGATOIRE que l’on aime ou pas la qualité de ce qui est produit.

    Alors au final : la culture en France en illimité c’est un peu moins de 40 euros par mois de façon digitale, sinon il y a les médiathèques (là aussi cela coûte très cher chaque année).

    Cela est-il choquant ? Trop cher ?

    Qu’en pensez-vous ?

    Régis – http://www.blackchili.fr

  2. Vous avez fait une faute de frappe sur « fanstastique ». Tout comme régis je suis plutôt scandalisé par la redevance télé qui nous est imposée , oui imposée car la feuille d’impôt marque bien « tout équipement permettant de recevoir la télé » ( donc si vous avez un ordinateur ou un téléphone portable vous êtes cuit ! )…
    Les auteurs de livres ne sont peut être pas obligé de mettre leurs livres en vente sur Amazon si ils ne sont pas d’accord avec ce système… Il s’est passé exactement le même phénomène dans le jeu vidéo shareware il y a de cela quelques années, pour ma part j’ai vendu mes logiciels en direct, sans passé par un distributeur, et ça a plutôt bien marché pour moi :).

  3. En fait Amazon applique au numérique ce qui existe déjà de très longue date en France : les bibliothèques.

    Eh, oui, on oublie que pour une somme modique (et annuelle celle-là, et non mensuelle comme Amazon)chacun a la possibilité – en France – de lire autant de livres qu’il veut. Pour peu que l’on habite en ville, des dizaines de milliers d’ouvrages.

    Encore une fois, au lieu d’anticiper, nous avons tendance, dans l’Hexagone, à attendre qu’un concurrent surgisse pour réagir. Et encore pas de la bonne façon, puisqu’il s’agit d’interdire.

    La question véritable, c’est pourquoi les pouvoirs publics n’ont-ils pas encore mis en réseau l’ensemble des bibliothèques, et proposer ainsi un abonnement numérique aux lecteurs qui le souhaitent ? Puisque de toute façon cet abonnement existe déjà pour les livres papier, o est le problème ?

  4. Je partage complètement l’avis d’Olivier.

    Une différence fondamentale à mon avis entre la musique et le livre est que la musique est un produit à usage multiple (on écoute un morceau plusieurs fois quand on l’aime) quand le livre est majoritairement à usage unique (on relis plus rarement un livre, en tout cas à une fréquence bien inférieure à une réécoute musicale).
    De ce fait un artiste a beaucoup plus de chances de tirer partie d’un système par abonnement pour lequel il serait rémunéré à la diffusion (ce qui n’est pas le cas actuellement, la-dite rémunération sur les services de streaming légaux étant ridiculement faible), qu’un auteur de livre.

    D’un point de vue plus général, je pense que le débat se situe sur la création de la valeur. Qui crée la valeur du livre ? L’auteur ou Amazon ?

    Quant à la redevance TV, il me semble que ça n’a aucun rapport avec le débat sur la rémunération des auteurs : c’est un impôt qui finance un système audiovisuel public complet. On peut être d’accord ou pas, mais ce sont deux choses bien différentes. À noter qu’au Royaume-Uni qui n’est pas un pays qu’on peut soupçonner d’étatisme excessif, l’équivalent de notre redevance française est de £145 soit 185€ environ

    source : http://www.tvlicensing.co.uk/languages/LANG15

  5. @Eric :
    La location de livre gratuite existe depuis très longtemps avec le système des bibliothèques, dans ce cas l’auteur n’est pas rémunéré à chaque lecture, mais juste à l’achat de son livre. Le problème n’est donc pas la location de livre, mais dans la rémunération de l’auteur. Cette dernière se doit d’être correcte et se faire dans le respect du travail de l’auteur. Là encore on est en droit de se poser la question : un bon auteur est-il celui qui fait des livres que tout le monde lit où celui qui fait des livres pointus, mais avec très peu de lecteurs ? Pourquoi la rémunération de ces deux auteurs devrait être différente, car si on se base sur le fait que tout travail mérite salaire, il devrait être le même à travail égal.

    La location de livre, virtuelle ou physique, est donc un problème ?

    En réalité je ne le pense pas, seule la façon de gérer la rémunération des auteurs est un problème, mais là aussi on quitte la simple sphère de la petite bibliothèque virtuelle d’amazon.

    Pour finir, amazon publishing est certainement un des éditeurs qui rémunère le mieux ses auteurs (pas en location c’est vrai) : https://kdp.amazon.com/help?topicId=A301WJ6XCJ8KW0

    Régis – http://www.blackchili.fr

  6. Je conseille l’excellent Neant de Mickael Parisi, un livre plutot trash sur le terrorisme et les racines du mal.
    Mon coup de coeur du moment, et tout ça gratuit sur Kindle Unlimited qui est un formidable moyen de decouvrir de vraies pepites.

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Capitaine

Article de : Capitaine

Olivier Sauvage est le fondateur de Capitaine-commerce.com et de Wexperience, agence spécialisée en expérience utilisateur digitale.