Jet.com, le futur Amazon ?

Oui, je sais, le titre est racoleur. Difficile d’imaginer aujourd’hui un concurrent à court ou à long terme pour Amazon. Pourtant, c’est un peu ce que sous entend Business Week en présentant ce tout nouveau concept bientôt sur les navigateurs des internautes américains : Jet.com.

Comment un site qui n’existe même pas pourrait donc bien concurrencer le mastodonte de la côte ouest des Etats-Unis ? Serait-ce seulement réaliste de l’imaginer ? Peu d’investisseurs seraient prêt à parier un kopeck sur un tel projet. Et pourtant, certains n’ont pas hésité à mettre plus de 80 millions de dollars dans l’idée sans avoir vu une seule page web.

Un business model bâti sur une faille d’Amazon

2011_Spring_Entrepreneur_LoreAu départ, Marc Lore, le fondateur de Jet.com, est parti d’une constatation. Toute simple. Certes, chez Amazon, on peut trouver les produits les moins chers et être livré du jour au lendemain, grâce à Amazon Prime, mais, note Lore, à quel coût ? La réalité est que si vous commandez chez Amazon plusieurs produits, par exemple. Ceux-ci peuvent vous être envoyés dans des colis différents, par avion s’il faut, alors qu’un marchand à côté de chez vous pourrait vous vendre le même produit à moindre coût. Bref, si Amazon, c’est parfait du point de vue du client, du point de vue de la logistique, c’est une véritable gabegie.

L’idée de Marc Lore, fondateur auparavant de Quidzi, racheté 550 millions de dollars par Amazon, c’est d’arriver à optimiser le circuit de distribution, à en compresser le coût, grâce à une organisation intelligente de la livraison en fonction du lieu d’achat et du lieu de vente.

Objectif : changer la manière d’acheter des américains

Ce qu’espère Marc Lore, c’est que les consommateurs américains vont comprendre qu’acheter au coût le plus bas avec la livraison gratuite n’est pas forcément à leur avantage. Amazon favorisant l’achat d’impulsion avec son système Amazon Prime, il pense que si on peut proposer au consommateur une expérience d’achat plus raisonnable, en combinant plusieurs commandes en une seule, par exemple, on pourra proposer des prix encore plus bas, mais sans tomber dans les excès d’Amazon (avec l’illusion des frais de ports gratuits).

Concrètement, Jet.com proposera, moyennant un abonnement de 50$ annuel, de pouvoir réaliser de véritables économies à ses abonnés, en regroupant plusieurs commandes en une seule. Dans l’article de Business Week, une illustration vient expliquer le fonctionnement de Jet.com. En jouant sur la patience du client, la proximité entre celui-ci et le vendeur, le moyen de livraison et le moyen de paiement, Jet.com est capable, grâce à un algorithme nouveau de proposer des prix plus bas qu’Amazon.

Comment Jet.com peut être moins cher qu’Amazon

J’ai traduit l’exemple donné par Business Week.

Vous souhaitez vous rééquiper pour la prochaine saison de baseball (oui, bon, imaginez que c’est du foot, le résultat sera le même). Vous avez besoin d’une paire de chaussures, d’une batte et d’un gant. Vous trouvez d’abord la paire de chaussure, chez une cinquantaine de marchands. Elle vous coûtera 80 €. Vous cherchez ensuite un gant. Parmi les 20 marchands précédents, seuls 10 proposent la paire de chaussure et le gant. Puis, vous avez encore besoin de la batte. Il ne vous reste plus que 5 marchands à proposer cette offre. C’est alors que Jet.com intervient. Le site propose un prix adapté pour la transaction qui soit compétitif par rapport au marché. Puis, il sélectionne le marchand dont les frais de livraison peuvent être les moins chers (en jouant notamment sur la distance par rapport au client). Puis, comme on est aux Etats-Unis, proposer un paiement par carte de débit, plutôt que par carte de crédit. En jouant sur l’ensemble de ces facteurs, Jet.com sera alors capable de proposer une offre plus compétitive qu’Amazon, pour le peu que le client ait la patience d’attendre et de ne pas acheter de manière impulsive en voulant être livré au plus vite. A la fin, une commande à 160$ chez Amazon tombe à 153$ chez Jet.com.

jetexemple

Comme l’explique Marc Lore, Jet.com n’aurait pas pu naître il y a quelques années. Car pour pouvoir fonctionner, la place de marché (car vous l’avez compris, en fait, c’est une place de marché) a besoin d’un réseau extrêmement dense de e-commerçants. C’est d’après lui, le cas aujourd’hui. Et c’est ce qui va faire que son projet va fonctionner.

Faut-il y croire ?

Alors, on peut s’interroger sur la viabilité de Jet.com ou sur son futur succès. Ce n’est pas la première fois que l’on voit arriver dans les médias des annonces tonitruantes sur un nouveau fantastique challenger « qui va tout casser ». Certes. Ce qui me parait intéressant dans l’analyse du marché qu’a fait Marc Lore, c’est de partir d’une des grandes faiblesses de la place de marché d’Amazon et de son incapacité flagrante à optimiser les coûts de livraison. Bien sûr pour le client, Amazon restera toujours le moins cher. Mais les coûts cachés pris par Amazon pour aquérir et garder ses parts de marché sont tels que Marc Lore espère bien dans le long terme que cela jouera en sa faveur. Si on analyse tout le processus qu’il a mis en place, on se rend bien compte que ce que propose Jet.com est un algorithme étant capable de proposer une offre meilleure que celle d’Amazon en jouant sur de nombreux facteurs dont ne tient pas compte le géant de Seattle. Autrement dit, il optimise ce qu’il était encore possible d’optimiser.

Il n’est pas possible de prédire si ce modèle fonctionnera ou si Jet.com renversera Amazon. En revanche, il faudra certainement le garder à l’oeil et en tirer les enseignements qui en naîtront, car, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la domination d’Amazon n’est pas si solide que cela dans le long terme. L’ambition démesuré de Jeff Bezos, son incapacité à consolider son activité et sa croissance à marche forcée sont déjà aujourd’hui les principales faiblesses sur lesquelles ses concurrents vont s’acharner. Et, de plus, dans le digital, on sait ce qu’il en est des grandes réussites. Elle peuvent disparaître aussi vite qu’elles sont apparues.

Via Exciting Commerce

4 commentaires

  1. Si j’étais Amazon, du moins le fondateur, j’investirais dans cette start up (en phase de démarrage). Je pourrais ainsi utiliser les nouvelles applications au bénéfice des deux sociétés.

    Cela dit, il est possible qu’Amazon songe à racheter ce futur concurrent une fois ses preuves faites, parce que pour l’instant tout est encore au stade du papier.

    1. Bonjour Patrick, merci pour ton commentaire.
      En fait, le fondateur de Jet.com est un ennemi d’Amazon. Il avait créé une boîte qu’Amazon a tenté de coulé, puis il leur a revendu et a travaillé 2 ans pour eux avant d’en partir.
      Aujourd’hui, son but est clairement de faire du commerce autrement qu’Amazon. Et il espère certainement leur faire de l’ombre.

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Capitaine

Article de : Capitaine

Olivier Sauvage est le fondateur de Capitaine-commerce.com et de Wexperience, agence spécialisée en expérience utilisateur digitale.