Les centres commerciaux vont-ils disparaître avec l’avènement du numérique

C'est beau un centre commercial, la nuit
C’est beau un centre commercial, la nuit (photo par Christian Dembowski)

Cet article est une réflexion personnelle sur l’avenir des centres commerciaux. Il ne vous apprendra rien de définitif, mais vous aidera peut-être à vous poser les bonnes questions si vous cherchez des réponses sur l’avenir des centres commerciaux.

Arrêtons les prédictions sans fondements

Je suis parfois stupéfait, voire énervé, de lire sur les blogs et dans la presse tant de jugement hâtifs, tant de conclusion vite tirées, tant de révolution soi-disant manquées et évoquées par le premier venu. Le monde digital, peut-être comme partout ailleurs, est peuplé apparemment de gens qui détiennent la vérité et vous la lancent à grands coups de chiffres qu’ils ont tirés d’une vague étude qu’ils ont sans doute survolée rapidement.

Ce n’est pas un phénomène spécifique au digital, mais il en dit long sur notre capacité à véhiculer en permanence de fausses idées, de faux concepts, de faux arguments sur la base d’un manque d’information flagrant.

A titre d’exemple, je lisais ce matin un billet qui prédisait, avec comme vague caution quelques vidéos et un article non moins bien écrit sur Les Echos, la fin des centres commerciaux.

Les centres commerciaux ne sont pas en danger de mort, loin de là

Que les centres commerciaux subissent les assaut de la crise, ce n’est pas une nouvelle. Que le digital modifie l’usage qu’en font les consommateurs, non plus. Comme tout le commerce « traditionnel » depuis 10 ans, les centres commerciaux subissent de plein fouet la vague du numérique. Mais quand je dis « subissent », je tombe déjà dans l’exagération. Car, bien plus que subir, en réalité, les gens dont le métier est de gérer ces centres sont depuis bien longtemps dans la recherche des moyens d’adapter leurs formidables paquebots à consommer au nouveau monde qui est le nôtre (et j’en ai déjà parlé là : La digitalisation du point de vente)

Mais ça, c’est en France, ou peut-être, par extension, en Europe. Aux Etats-Unis, dont l’article dont je parle cite beaucoup de chiffres, la situation apparait différente : plus radicale, plus violente. Oui, des centres commerciaux ferment et des chaînes de magasins ferment. Mais faut-il en tirer comme conclusion que la même chose va arriver en Europe ?

Non, et je vous jette en pâture quelques faits à méditer :

  • Quoiqu’on en dise le e-commerce, ou le commerce digital (je cite la France) ne représente toujours que 10% du commerce de détail en général. C’est un taux quasi inchangé depuis l’avènement d’Internet. La seule chose qui a changé, ce sont les acteurs : des vadistes nordistes, on est passé à Amazon et Vente-Privées.
  • Non, les commerces ne ferment pas en France. Mais là aussi, ils changent. Je suis un défenseur du commerce indépendant et il m’est désagréable de constater qu’il est de plus en plus remplacé par du petit commerce de chaîne : Zara, Carrefour City et bien d’autres envahissent nos paysages urbains. Mais avec eux, il faut bien admettre que le petit commerce ne disparait pas. Il change de main, c’est tout.
  • Que ça plaise ou non, les gens iront toujours acheter en magasin. Pas systématiquement, car c’est vrai que le ecommerce leur offre des alternatives pratiques et rapides pour leur éviter les désagréments du commerce traditionnel (faire la queue pour acheter une place de concert, chercher et acheter un accessoire pour un ordinateur, faire ses courses au supermarché le soir après le boulot), mais il ne remplacera probablement pas le plaisir du shopping.
  • Et dans tous les cas, le digital est en train de tout envahir et que ceux qui s’y adaptent le mieux sont les anciens représentants du commerce : il suffit pour s’en rendre compte de voir que les plus gros acteurs du ecommerce en France (hormis Amazon et Vente-privées) sont attachées à des groupes de distribution mortar. Exit, les pure players ! Donc, tout le monde va s’adapter. Mais tout le monde ne va pas mourir 🙂

Et les centres commerciaux dans tout ça ?

Alors j’en reviens aux centres commerciaux. Etant donné que je ne suis ni devin, ni expert, je ne m’aventurerai pas à faire de prédictions, mais il apparait quand même une chose.

C’est que les centres commerciaux changeront et s’adapteront à ce nouveau monde. Et je connais pas mal de gens qui y travaillent et ne sont pas dupes des évolutions du monde de la consommation et de l’impact du digital sur ce monde. Peut-être ces temples de la consommation, comme on les appelle encore, deviendront-ils d’immenses centre de services et d’exposition, moins que des magasins. Peut-être seront-ils plus petits ? Plus grands ? Peut-être ressembleront-ils à des sortes de parcs d’attraction ? Une chose est sûre, en tout cas, c’est qu’il y aura toujours des gens qui parcourront avec plaisir des allées remplies de vitrines remplies de produits avec lesquels on pourra repartir en ayant fait chauffer la CB et en ressentant le délicieux frisson de chatouiller son découvert… oh, juste une fois… oh non, encore !

Le shopping, c’est du sexe, non ? Alors pourquoi s’en passerait-on ?

 

 

4 commentaires

  1. Le centre commercial appartient déjà  au monde d’hier. Il n’y a pas que l’impact du digital. Avec l’émergence d’une société de la déconsommation, de la consommation responsable et plus généralement avec les profondes mutations actuelles et à venir des modes de consommation, les centres commerciaux ont du souci à se faire pour leur avenir. Leur cible de pousseurs de caddie risque de se réduire considérablement. Les valeurs générationnelles mutent inexorablement. Les générations futures rechercheront vraisemblablement ailleurs que dans le shopping, leur identité.

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Capitaine

Article de : Capitaine

Olivier Sauvage est le fondateur de Capitaine-commerce.com et de Wexperience, agence spécialisée en expérience utilisateur digitale.