L’avenir du ecommerce passera-t-il par les petits commerçants ?

L’avenir des petits commerçants est toujours en danger. Depuis tout petit, j’en entends parler. Disparition des disquaires, des libraires, des détaillants de centre-ville. C’est vrai que le commerce change et évolue. Parfois dans la douleur, parfois moins. Et Amazon avec ses offres Prime ne fait rien pour arranger les choses. Du coup, la question que je me pose, c’est  : les petits commerçants ont-il un avenir dans ce monde si digitalisé et de plus en plus aux mains de startups riches à millions (voire à milliards quand on parle de certains).

Qui se souvient encore des magasins Félix Potin ? La société de distribution était pourtant centenaire et célèbre dans la France entière, mais faute d'avoir su sentir l'air du temps, et notamment l'arrivée de la grande distri, elle a purement et simplement disparu.
Qui se souvient encore des magasins Félix Potin ? La société de distribution était pourtant centenaire et célèbre dans la France entière, mais faute d’avoir su sentir l’air du temps, et notamment l’arrivée de la grande distri, elle a purement et simplement disparu.

Ce qui est sûr, c’est que la vague du digital, si elle n’est pas déjà en train de le faire, passera par tous les domaines. Si certains ont déjà été touchés, d’autres le sont en ce moment et le seront bientôt. Et il faudrait être bien présomptueux pour dire qu’on y échappera : même les bouchers, même les boulangers, tout le monde, en fait !

L’invasion du digital, ça n’est pas que le e-commerce !

Car la digitalisation, ce n’est pas seulement l’invasion du ecommerce, c’est aussi et surtout la naissance de nouveaux éco-systèmes privés capable de tout ramasser sur leur passage. On le voit bien avec Uber qui a, quoiqu’on en pense, bouleversé le marché du transport individuel urbain. Avec AirBNB qui a créé littéralement un nouveau marché de l’hôtellerie. Dans la restauration, Deliveroo est aussi en train de changer les règles du jeu. Le secteur du voyage a vu la disparition quasi-complète des agences de voyage. Etc. Ignorer cela, c’est comme ignorer le tsunami qui va s’abattre sur vous sur une plage du pacifique.

Mais alors la question que doivent se poser beaucoup de commerçants, c’est comment échapper à cette vague, ou plutôt, encore mieux, comment s’y adapter, et surtout comment en profiter. Car il y a forcément moyen d’en profiter.

Les solutions pour s’adapter existent, il suffit de les voir

Je vois autour de moi de plus en plus de sociétés qui aident les petits marchands à bénéficier de la digitalisation. J’avais déjà parlé de Wing qui permet de prendre en charge le premier kilomètre de livraison. Il y aura aussi bientôt Pickapack, une startup, qui va directement concurrencer des mastodontes comme Amazon en mixant livraison par les utilisateurs et utilisations des stocks des commerce de proximité. Grâce à la mutualisation, ces sociétés vont pouvoir apporter des services aux petits commerçants qu’ils ne pourraient pas se payer autrement.

Du côté gestion, des solutions spécifiques comme Saasfood permettent de se créer un référentiel complet intégré à une suite logicielle orientée ebusiness. L’avenir passera aussi par la simplification et la digitalisation des systèmes d’informations de ces petites sociétés qui sont encore trop inadaptées au marché en gestation. Ainsi, Saasfood permet par exemple de faciliter la prise de commande du magasin jusqu’à sa préparation en la digitalisant presqu’entièrement. Rien n’empêche ensuite d’imaginer une connexion à Wing pour l’envoi de cette même commande. Pour aller plus loin, si l’on veut un peu rêver, pourquoi les bouchers ou les patissiers n’utiliseraient-ils pas Echo, le petit robot d’Amazon, pour intégrer la commande vocale intelligente à leur SI et simplifier encore plus la prise de commande ?

Les solutions existent, les prestataires aussi. Reste à mieux les faire connaître au monde de l’artisanat et du commerce de proximité. Et surtout à les convaincre. Voilà une chose qui ne sera pas facile.

Alors, le petit commerce résistera-t-il à la vague du digital ?

Oui, s’il est capable de se rassembler ou de trouver des sociétés qui leur apporteront des services mutualisés leur permettant de se concentrer sur leur métier.

Oui, si les petits commerçants arrivent à être suffisamment accompagnés par les experts pour prendre les bonnes décisions. Ce qui, je l’avoue honnêtement, n’est pas si simple.

Oui, enfin, car le petit commerce dispose d’atouts que n’auront jamais des mastodontes comme Amazon :

  • la proximité
  • la qualité relation client
  • la capacité à produire des produits personnalisés de qualité

Non, si ces mêmes petits commerçants refusent de voir les changements l’oeuvre.

Non, si des sociétés de services, plus soucieuses de s’accaparer des parts de marché que de servir leurs clients, continuent à vendre des solutions technologiques de piètre qualité ou sans utilité réelle.

Non, si l’information sur le digital ne redescend pas suffisamment au niveau de ces petits commerçants.

L’avenir n’est donc ni noir ni rose. Il dépendra uniquement de la clairvoyance de certains et de leur volonté de changement. Encore une fois, et comme dans beaucoup de domaines, ceux qui savent s’adapter et changer pourront survivre. Les autres seront condamnés.

Bon vendredi !

9 commentaires

  1. L’exemple de Félix Potin est frappant.
    On pourrait aussi ajouter celui des épiceries de quartier qui avaient disparu avec l’apparition des grandes surfaces. Ils n’avaient pas pensé à s’organiser pour mettre sur pied une centrale d’achat et obtenir des prix d’achat plus bas.

    Le phénomène est autrement plus important avec le numérique, alors qu’on en était qu’aux prémices voici 6 ans, certains (comme les taxis) pensaient être à l’abri du changement.

    Le présent démontre l’inverse : on le voit également dans l’optique. Qui donc aurait imaginé acheter ses lunettes autrement que chez l’opticien du coin ?

    Et le changement sera encore plus prononcé avec la venue des hologrammes qui permettront de se voir vêtu ou lunetté ou autre, presque en vrai.

    Si les artistes se croient à l’abri, notamment les hommes de lettres, ils se trompent de façon monumentale.

    Des logiciels de création de textes sont déjà utilisés pour l’écriture de romans. Ce qui signifie que bientôt la profession d’écrivain sera elle aussi malmenée.

    Si je puis me permettre de citer la page où j’en parle :
    http://www.patrickhuet.net/la-fin-des-ecrivains-dici-2-ans/

    Donc amis écrivains, ou juste rédacteurs pour texte de contenus pour sites Internet, ne faites pas la même erreur. Préparez-vous à cette concurrence, car rien n’est immuable.

    1. Oui, c’est en écrivant cet article que j’ai pris conscience qu’avec l’avènement de l’IA et le big data, de nombreux secteurs allaient encore être disruptés.Et effectivement pourquoi pas, les métiers que l’on appelle « intellectuels ».

  2. Article très intéressant !
    En revanche, j’ai fait des recherches sur PickaPack, et je dois avouer que je ne comprends pas tellement comment une entreprise comme celle-ci pourrait concurrencer les géants comme Amazon. Pourriez vous m’apporter plus de détails à ce sujet ?

    Merci !

    1. Bonjour, Pickapack propose de favoriser la proximité entre marchands et clients. Dans chaque quartier, il existe un stock de produits chez les commerçants extrêmement proche de chaque consommateur. Pickapack propose de mettre ces personnes en relation. Il n’y a plus de livraison, puisque le picking se fait par le client sur son chemin.
      On ne peut évidemment pas parler de concurrence globale à Amazon (ça serait difficile), mais de concurrence sur une partie de sa clientèle qui cherche à favoriser la proximité en cassant ce qui fait une des forces d’Amazon : livrer tout à n’importe quelle heure de la journée et dans un délai extrêmement court. Cela peut être un besoin pour les consommateurs, mais c’est surtout pour Amazon un extraordinaire poste de coût qui, selon moi, mais je peux me tromper, ne sera jamais amortissable dans le temps.

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Capitaine

Article de : Capitaine

Olivier Sauvage est le fondateur de Capitaine-commerce.com et de Wexperience, agence spécialisée en expérience utilisateur digitale.