Vendre des voyages, ce n’est pas vendre un produit comme un autre. Un voyage, c’est du rêve et souvent un gros budget. De l’intérêt de ne pas se tromper pour l’acheteur et de capter ce client pour le voyagiste. De part sa nature multi-médias, le web se prête particulièrement bien à la présentation de voyages et pourtant …
On attrape pas des mouches avec du vinaigre. Et on attrape pas de voyageurs sans 3 atouts : un bon prix, de la confiance et de la séduction.
Pour le prix, c’est de la négociation, selon la taille et la situation du prestataire s’il est tour-operator, ou de son (ou de ses) fournisseurs s’il est revendeur.
Pour la confiance, c’est aussi beaucoup une question de taille et donc de notoriété. Mais un bon travail sur la « ré-assurance » peut largement contribuer a donner confiance même pour des enseignes plus confidentielles. (Pour info, la meilleure garantie reste de vérifier si le prestataire choisi dispose d’une licence d’agent de voyage ( LI), d’une assurance, et d’un agrément IATA s’il délivre des billets d’avion).
Pour ce qui est de la séduction, c’est entièrement dans les mains des concepteurs de sites. Et là, force est de constater qu’il y a du boulot !
Si les pages d’accueil sont relativement soignées, bien que très inégales, pour ce qui est des fiches produit, c’est un vrai carnage.
Il est vrai que le tourisme est une activité en France qui a toujours peiné à se moderniser et à sortir de l’artisanat. Les premiers pionniers du voyages en ligne ont été des purs players. Et à part certains moteurs de recherches et comparateurs audacieux, ça n’a pas beaucoup évolué depuis les débuts … Ainsi, par exemple, les fiches produits restent très mal traitées, avec souvent des visuels indigents et des informations bâclées, entre longues listes indigestes et informations annexes minimalistes.
Ceci est d’autant plus surprenant que tous ces voyagistes investissent énormément de moyens dans des catalogues papiers extrêmement soignés qui font la part belle aux photos, souvent superbes. Ce qui vaut pour le papier glacé ne vaut pas sur le web ? Apparemment pas.
Les fiches produits au crible de la séduction
Pour en juger, j’ai tâché de brosser un rapide aperçu critique des fiches voyages des 5 premières agences de voyages en ligne, selon la FEVAD.
Sites de voyages en visiteurs uniques
Voyages-sncf.com : 7 287 000
Promovacances : 2 804 000
Marmara : 2 522 000
Last Minute : 2 391 000
VoyagePrivé : 2 061 000
Ma critique porte sur plusieurs critères :
L’impression d’ensemble : on a pas deux fois l’occasion de faire une bonne première impression … Outre la charte graphique et ses codes couleurs, la taille des affichages est essentielle. Ainsi, Voyages SNCF dont les contenus voyages sont sans doute des « includes » d’Expedia, propose des fiches voyages particulièrement étroites sur 590 pixels, à comparer aux 750 pixels des fiches de Marmara. Plus d’espace, c’est plus d’opportunité d’aérer, de valoriser, de hiérarchiser …
La présentation des informations : il y a vraiment beaucoup d’informations à présenter quand on vend un voyage, du moins si l’on veut renseigner au mieux le client. Force est de constater que la pratique courant est l’empilement, à l’exception d’un voyagiste qui a adopté ce qui semble pourtant être la solution la plus évidente et déjà largement par les e-commerçants : les onglets !
Les photos : de belles photos pour un produit de rêve, ça semble là aussi plus qu’évident. Et pourtant ! Que de photos médiocres, de diaporamas indigents et autres vignettes ridicules, aussi aguichantes qu’un timbre poste passé à la machine ! Outre que cela ne fait pas rêver les clients, ça les encourage à aller sur Google pour ensuite, de sites en sites, trouver d’avantages de visuels s’exposant ainsi aux chants des sirènes de la concurrence … Donc, en proposant un maximum de visuels de qualité, non seulement vous immergez vos prospects dans une ambiance propice à vos buts, mais vous supprimez aussi toute velléité d’aller voir ailleurs.
Les informations annexes : Un voyage, ce n’est pas qu’un avion et un hôtel, c’est un environnement dans lequel on va évoluer pendant la durée de son séjour. Donc, autant avoir un maximum d’informations sur l’endroit ! J’entends déjà les remarques : « Pour ça, y a les guides touristiques ». Certes ! Mais quand il faut choisir entre 2 « situations », c’est quand même mieux de trouver les infos sur le site du voyagiste, que d’aller éplucher son guide. Sans compter que le rôle de conseil du voyagiste peut légitimement s’appliquer au delà de la stricte enceinte de l’hôtel et de ses plaisirs ?
Le Web 2.0 : ça ne vous aura pas échappé, le web est social ;-) Et pourtant, un seul voyagiste propose les avis de ses clients ! Et aucun ne propose de fonctionnalités sociales sauf le minimaliste « envoyer à un ami »! Incroyable, non ?
L’analyse des fiches voyages
Pourquoi cette industrie peine t’elle à se mettre au niveau des standards classiques du e-commerce ?
D’abord parce que les sites de ventes de voyages sont de grosses bestioles trapues, pleines de scripts bidouillés à la main, avec des tartines de code, et des usines à gaz, branchées sur des usines à charbon. Et qu’en plus, tous ce fatras a coûté super cher a assembler, alors, pour amortir, faut se débrouiller pour cacher la misère et bricoler le bouzin par petites touches, de peur d’ébranler trop le périlleux édifice.
Ensuite, c’est aussi parce que peu de voyagistes sont les producteurs des voyages qu’ils proposent. Aussi, pour présenter leurs produits, ils s’appuient donc sur les infos du tour-operator et les rares visuels fournis, parfois les mêmes d’un voyagiste à un autre.
Enfin, les voyagistes sont des généralistes et des opportunistes. Ils n’ont pas d’intérêt particulier pour une destination ou une autre, et ils les présentent selon les opportunités commerciales proposées par le marché. Pas de raison donc de produire un guide de voyage exhaustif, des informations de type agendas, ou de déclencher des campagnes photographiques pour un hôtel ou une destination qui sortira peut être du catalogue dans un trimestre.
Quelques voyagistes commencent à sortir du lot
Marmara, bien sur, est l’exemple du voyagiste qui semble le plus mature parmi les grands. Producteur de son offre, il est donc aussi le mieux placé pour la présenter. Sa stratégie en ligne est particulièrement bien menée et témoigne de sa parfaite compréhension du média. Mais on aura l’occasion d’y revenir.
Et dans l’ombre, quelques spécialistes comme Nouvelles Antilles, se préparent, avec des plates-formes technologiquement très matures, des outils nouveaux et performants éprouvés à leur échelle et qui laissent augurer de ce que pourrait devenir à terme une industrie du e-tourisme mature et efficace. A suivre !
A propos de l’auteur de ce billet
Christophe Dournaux, ConsultantAprès avoir été
Responsable OnLine d’un gros site de voyages (14 millions d’euros de CA en ligne) entièrement développé en interne, je met aujourd’hui mon expérience au service des entreprises en tant que
consultant en performance e-business pour
Alexia Et Compagnie et propose mes services d’audit et de conseils.
Auteur de ce billet : Christophe Dournaux : Après avoir été Responsable OnLine d'un gros site de voyages (14 millions d'euros de CA en ligne) entièrement développé en interne, il met aujourd'hui son expérience au service des entreprises en tant que consultant en performance e-business pour
Alexia Et Compagnie et propose des services d'audit et de conseils.
e-commerce, e-tourisme, voyage