(… et à ceux qui prétendent être consultants en ergonomie et qui se permettent en plus d’écrire de vilains articles sur les graphistes, ces paresseux, fumeurs de hashish)
[AVERTISSEMENT : cet article n'est qu'une vulgaire satire à but hilarant uniquement. Si vous ne le trouvez pas drôle, vous pouvez le dire, mais sans haine, s'il vous plait. Si vous le trouvez idiot, vous pouvez aussi le dire, mais dites pourquoi. Si vous êtes ergonome, ne lisez pas cet article où vous risqueriez de vous pendre avec vos wireframes avant ce soir.]
Au début, un monde sans ergonomes
Avant, le monde était simple. Pour faire un site web, vous preniez un développeur (ou du moins un mec ou une nana qui savait utiliser Dreamweaver) et un graphiste (et des fois, ces deux personnes étaient fusionnées dans un même corps, ce qui était quand même rudement bien pratique, surtout pour le patron qui n’avait qu’à payer un seul salaire), vous les laissiez quelques heures dans un bureau avec un cahier des charges du genre « votre site web en 5 pages avec description de ma société, photo du patron, etc… » et au bout du compte, vous aviez un bien beau site Internet, plein de jolis gifs animés et de liens hypertextes, que vous propulsiez sur la toile avec la naïveté touchante des enfants et hop, voilà, vous étiez les maîtres du monde.
Oui, mais voilà, ça, c’était en 1996. Depuis, les choses ont changé. Et par exemple, un jour, de vilains marchands animés uniquement de pensées cupides se sont mis en tête qu’on pouvait se servir d’Internet pour vendre à distance des trucs inutiles à des idiots de consommateurs et là, tout s’est compliqué.
Le développeur qui faisait juste du HTML a du apprendre le PHP, l’ASP, le JSP, le SQL et pleins d’autres trucs de niveau BAC+5 au moins, tandis que le graphiste, lui, se mettait à Flash, Silverlight, CSS5 (bon, en fait, son métier n’a pas tant changé que ça, mais on fera comme si). Et puis, on ne pouvait plus faire un site qu’avec un seul bonhomme. Il en fallait plusieurs et c’est là que son apparus les premiers chefs de projet, des hommes multitâches (imaginez des playmobils à 6 bras, ça vous donnera une image à peu près correcte de ce qu’est un chef de projet), véritable homme orchestre capable de comprendre le langage des uns et des autres et surtout dotés d’une force de résistance incroyable qui le rendait apte à supporter n’importe quel ânerie du client (le fameux Client dont on parlera bientôt) même s’il fallait faire des logos qui tournent ou des pages roses sur fond bleu parce que c’était la couleur préférée de sa fille.
Le web progressait de jour en jour et personne ne semblait remettre en cause le rôle du développeur ou du graphiste. Pourtant une chose perturbait les chefs de projets : la manière plus qu’empirique de fabriquer des interfaces par les développeurs ou les graphistes.
La naissance des ergonomes
Les développeurs adorent créer des interfaces, mais leur défaut principal est de les inventer pour eux, à leur image, et autrement dit, personne d’autres que les développeurs n’était capable de s’en servir (parfois, pas toujours). Les graphistes, eux, adorent faire des interfaces, mais quand vous les laissez faire, vous risquez souvent de vous retrouver avec un commode Louis XIV plutôt qu’un meuble design de chez Habitat (vous voyez la différence ?). En bref, bien que brillantes, ces deux espéces de travailleur n’étaient pas forcément les meilleures pour concevoir les interfaces.
Mais Dieu, dans sa grande mansuétude, avait pensé à tout. Et c’est à cette époque (au début des années 2000) qu’apparut une nouvelle race de « webeux » : les ergonomes.
Qu’est-ce qu’un ergonome ?
L’ergonome éprouve toujours une sorte de frustration envers ses collègues, car il est celui qu’on peut écouter… ou pas, de toute façon, quoi qu’il en dise, on a pas besoin de lui pour terminer un projet. Si vous comptez sur un ergonome pour faire un site web, attendez-vous au maximum à ce qu’il vous rende un tas de feuilles de papiers avec des plans de page tracés au criterium et des post-it collés un peu partout (mais heureusement que les développeurs sont passés par là, car, sans doute dans un moment de mansuétude et de générosité intense, ils leurs ont programmé des logiciels de wireframe ou de prototypage qui permettent même au plus nul des ergonomes de fabriquer des maquettes de site en HTML qui marchent vraiment quand on appuie sur les boutons (ouah, génial, bravo les gars !)).
Donc l’ergonome, si c’était un musicien, ce serait le joueur de triangle ou de flutiau dans un groupe de rock. Autrement dit, on a pas vraiment besoin de lui (bon, j’exagère là. L’ergonome, ce serait plutôt l’arrangeur dans un studio, mais ça n’empêche qu’on a quand même pas besoin de lui pour faire de la musique).
L’ergonome est un être mystique. A vrai dire, quand il parle, on ne comprend pas toujours bien ce qu’il dit. Pour impressionner ses collègues et se donner un genre important, il utilise des mots comme « affordance », « flow », « utilisabilité » ou « efficience ». Donnez-moi la définition d’un de ses mots (sans iPhone ni connexion à Internet) et vous aurez droit à une de mes paires de collants verts. Ainsi, lorsqu’on on fait appel à l’ergonome, on se demande toujours s’il ne se foutrait pas un peu de notre g… ou s’il n’essaierait pas de nous vendre du vent. D’autant que l’ergonomie n’a rien de rationnel. C’est un peu comme une science occulte dont le seul les mages initiés auraient les moyens de décrypter et de transmettre les mystères. Mais demandez à un ergonome pourquoi il vaut mieux qu’un bouton « Acheter » soit mieux placé là que ailleurs, il vous dira qu’il vaut mieux faire un test utilisateur pour le savoir (ben tiens !).
Ah oui, parce qu’il y a un truc génial avec les ergonomes, c’est qu’ils ne savent jamais rien. 1) ils vous font croire qu’en bougeant un bouton dans un formulaire, ils vont vous faire gagner des millions (un peu comme Jean-Pierre Foucault). 2) si vous leur demandez pourquoi ils ont pris cette décision, ils vous diront toujours « Je ne sais pas, on devrait peut-être faire un test utilisateur pour le vérifier ». Car, oui, mes amis, la spécialité de l’ergonome, c’est de s’en remettre aux utilisateurs qui eux, dans leur innocente blancheur, savent toujours la vérité. Mais qu’est-ce que c’est que ces gens là ? C’est comme si le graphiste, au final, pour terminer une maquette demandait à sa belle mère qui a abandonné les pinceaux depuis l’école maternelle de lui terminer le design de son interface. Ben bravo !
Les ergonomes ont un Dieu. Il s’appelle Jacob Nielsen. On se demande vraiment pourquoi ils le vénèrent parce que ce Dieu est non seulement moche (mais ça c’est purement subjectif), mais en plus, il n’est pas sympa. Il suffit de lire ses Alert Box (sorte de newsletter qu’il distille à la manière de bulles papales) pour se rendre compte qu’en dehors de lui et de ses coreligionnaires, personne ne pige rien à l’ergonomie et personne ne sait vraiment bien faire de web (c’est vraiment vrai pour la première partie de l’assertion, c’est moins vrai pour la deuxième). Si on écoutait Jacob Nielsen tous les sites ressemblerait à ça (UseIt.com). Euh… ce serait pas très funky.
Comment parler à un ergonome ?
Bon, mais alors, comment parler à un ergonome ? Pour bien vous entendre avec un tel phénomène (s’il y en a un dans votre équipe ou si vous en payez un très cher pour vous dire qu’il faut souligner et mettre en bleu tous les liens hypertextes de votre site), voici quelques conseils spéciale Capitaine-Commerce qui feront de votre site la référence en matière d’utilisabilité sous l’oeil jaloux de vos concurrents :
1) Ne demandez jamais à l’ergonome ce qu’il pense de votre site quand vous avez tout fini et qu’il sait très bien que vous ne tiendrez pas compte de ce que vous lui direz. Cela revient au même que demander à un décorateur d’intérieur ce qu’il pense de la décoration de votre maison, une fois que vous avez tout fini. Il en éprouvera une frustration intense et en plus il se dira qu’il aura perdu l’occasion de vendre quelques journées de consulting à vil prix pour se payer son prochain voyage en californie chez Jacob Nielsen.
2) Abandonnez cette mauvaise habitude de dire toujours à l’ergonome : « Oui, ça on le savait, mais c’est pas grave » OU »Oui, le bouton « acheter » est sous la ligne de flottaison, mais c’est pas grave, on a des trucs plus important à corriger d’abord ». Comprenez-le bien, chers lecteurs, l’ergonome, contrairement à ce qu’il peut parfois prétendre dans des articles du genre « Le bouton à 300 millions de dollars » ou « le lien hypertexte qui a doublé les ventes », n’est pas un magicien. Son boulot est un boulot de fourmi où chaque détail compte et où la correction de centaines de petits détails donne un sens à son action.
3) Si vous n’avez pas les moyens de vous payer un ergonome, cultivez-vous. Il y a plein de blogs qui parlent d’ergonomie et plein de livres qui vous permettront au moins de penser de manière plus rationnelle la manière dont on conçoit une interface:
4) Amélie Boucher (notre BB de l’ergonomie) est jolie, mais ce n’est pas la seule raison qui doive vous faire aller à ses conférences
5) Si vous êtes en veine de bonne action, avant toute chose, n’hésitez pas à demander à l’ergonome de vous faire un petit wireframe ou un petit card sorting. Vous ferez un heureux et en plus, il vous épargnera une bonne somme de travail de conception.
Et voilà. Désormais, vous ne pourrez plus dire à un ergonome »Eh, petit, tu le mettrais où le bouton là ? » mais « Dis donc l’artiste là, on ne pourrait pas faire un petit test sur des wireframes pour vérifier l’affordance et la saillance de ce call-to-action ? ». Vous pourrez voir alors une lueur de joie illuminer son visage (et même quelques traces d’humidité au coin de son oeil) et vous vous sentirez beaucoup mieux plein du sentiment d’avoir fait une bonne action.
Auteur de ce billet : Olivier Sauvage est le fondateur de Capitaine-Commerce.com. En plus de super-héros à collants verts, il propose, en tant que consultant indépendant, des services de merchandising et d'optimisation de sites pour le ecommerce. Pour en savoir plus, lisez son blog
www.oliviersauvage.com