C’est donc sous l’apparence anonyme d’un cadre non moins anonyme d’un grand groupe de la VAD que je finissais par franchir le barrage de géants récalcitrants (voir billet de la veille) et posais enfin les pieds dans ce qui etait annoncé, comme chaque année, l’évènement majeur du petit monde du e-commerce.

Et donc, comme chaque année, tous les grands noms du e-commerce étaient là : les Orange, les Ebay, les ATOS, mais aussi toute la myriade de prestataires de tous poil, tous spécialistes de quelque chose, tous marchands de bonheur numérique avec qui une pincée de poudre de e-perlimpinpin suffirait à transformer n’importe quelle âne bâté en PKM du futur à la puissance 10000. Il est vrai qu’avec plus de 50,000 sites de e-commerce recensés en France et une croissance miroboleuse (oui, miroboleuse), il y a de quoi attirer les convoitises. Mais, curieusement, et comme me le faisait remarquer un de mes comparses superhéros sans slip, il semblait que, contrairement aux années précédentes, les e-commerçants amateurs ou les simples curieux se soient faits rares en cette première journée de salon, comme si une certaine professionnalisation (et c’est tant mieux) avait commencé à toucher ce marché, présenté un peu trop souvent, à tort selon moi, comme un nouvel Eldorado.

Je ne relevais pas, au final, beaucoup de surprises, voir même pas du tout, comme si l’univers du e-commerce avait atteint sa maturité et s’était figé depuis l’année dernière. Pas de solution innovante, donc, pas de délire technologique, et tout ça dans une ambiance un peu glauque, la faute peut-être au lieu, à demi-enterré sous le béton, beaucoup moins clair que le hall du Palais des congrès. Mais bon, quoi, je n’étais pas là pour rigoler, mais pour « mesurer » le marché, découvrir de nouvelles têtes et, salon oblige, serrer des paluches.

Les parapluies de Zlio

Casquettes noires et parapluies en main (mais pourquoi des parapluies, bon sang ?!), Jeremie et ses Zlio boys devaient faire une annonce fracassante aux blogueurs sur le renouvellement stratégique de Zlio, mais une conversation à bâton rompu avec François Ziserman au sujet de son Mandala m’empêcha de comprendre exactement de quoi il s’agit et ce ne fut que bien plus tard, affalé sur le comptoir de Spoonkey, que la nouvelle qui allait changer la face de la planète me fut révélée.

Et les californiens de Varien

Mais beaucoup plus intéressant encore fut la rencontre avec une partie du Team Varien, le soir, au Dupont, élégante brasserie de la Porte de Versailles, où une poignée de développeurs fanatiques, dont moi, s’était rassemblée pour écouter la bonne parole des créateurs de Magento.

Il faut remercier tout d’abord Yoram Elalouf, chargé des relations internationales avec la communauté, et Yoav Kutner, Directeur technique et Directeur adjoint de Varien, qui ont su motiver la communauté française à venir les rencontrer à Paris autour d’un verre de bière (bon, moi, vous savez, dès qu’on parle de bière, je réponds présent). Je ne saurais citer de nom (bien que j’en ai plein, mais je ne parlerai pas !), mais on retrouvait parmi la petite troupe quelques unes des personnes les plus motivées autour du projet Magento, dont X de SQLI, Y de FIANET et également 2 représentants de l’AFUP, très à l’affût d’un projet qui tire un très grand parti de la POO et du framework Zend.

Deux choses que j’ai retenues.

  1. la stratégie communautaire de Varien qui, à l’origine, était largement tournée vers l’Asie, donne désormais la priorité à la France et à l’Allemagne dont les 2 communautés ont été les plus réactives et enthousiastes au projet Magento. A ce sujet, et ça fait toujours plaisir, Yoav nous faisait part de son étonnement devant la qualité du travail des développeurs européens qu’il juge, selon lui, bien meilleure que celle des américains

  2. travaillant moi même sur un projet Magento, j’évoquais à nouveau auprès de Yoav les problèmes de montée en charge rencontrés par notre équipe de développement et celui-ci nous a rassuré en disant que de nombreux efforts seraient encore fait lors des prochaines versions sur ce point là. Notamment – ami lecteur, si tu n’es pas développeur, tu peux sauter ce passage - la prochaine version de Magento sacrifiera un peu de la souplesse de son système d’attributs afin d’optimiser les requêtes sur les tables produits pour gagner de la vitesse. Il semblerait, en effet, que le système configurable d’attributs et de groupe d’attributs, aussi puissant soit-il, freine bien trop les performances de Magento

Et voilà. Le salon du e-commerce, pour moi, c’est fini. La prochaine session, si tout va bien, aura lieu en septembre l’année prochaine. Prochain rendez-vous : le salon de la VAD à Lille qui sera l’occasion pour les non nordistes de découvrir la qualité et le dynamisme de nos bien sympathiques petites PME régionales comme E-Fijy, VB2S, Venteenvideo, Spoonkey ou bien même Emile Interactive de la très charmante Diane de Basly (avec un nom pareil, j’aurais plutôt créé une marque de pull, mais bon, je ne suis pas directeur marketing).

Quant à moi, je vais remettre mes collants et mon masque et piquer un bon roupillon avant de retourner dans « min coron » et continuer à oeuvrer à la gloire de la « VAD numérique ».

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5h30 Lille : lever matinal

Paré de mes plus beaux atours, collants verts neufs, slip propre, t-shirt moulant plein de pectoraux et masque ignifugé pour garder l’anonymat, me voilà en route pour Paris Ecommerce 2008. Après quelques éditions passées à la Porte Maillot, le salon a donc pris ses quartiers cette années à la Porte de Versailles, dans un espace beaucoup plus vaste afin d’accueillir encore plus d’exposants, de garnir les allées d’encore plus de cadre commerciaux en goguette et de ravir leurs yeux enchantés d’enfants d’encore plus d’hotesses encore plus jolies qu’avant.

Je ne vais pas au salon pour faire des découvertes (après tout, on a déjà le Web pour ça), mais plutôt pour humer l’air du temps, faire des rencontre, sentir le vent, comme on dit. Quelques rendez-vous sont déjà pris : avec Compario, le moteur de classement de produits, avec TradeDoubler, pour leur solution de tracking, mais, le moment fort de la journée pour moi, ce sera l’annonce de la nouvelle stratégie de Zlio, par Jérémie Berrebi, en direct devant un parterre de blogueurs triés sur le volet, dont votre éminent serviteur. Et puis, ce soir, ce sera, aussi et enfin, la rencontre tant attendu avec l’équipe de Varien, eh oui, ceux qui ont développé Magento. Espérons qu’on ne me fasse pas de problème à l’entrée avec mes collants verts.

10h00 Paris : on me refoule à l’entrée

« Mais, je suis le Capitaine Commerce ! J’exige de rentrer ! Laissez-moi passer ! »

Tout avait pourtant bien commencé. Le torse gonflé, les cuisses saillantes et luisantes comme un étalon, le slip bien rempli, je ne pus pas ne pas remarquer l’effet de ma belle allure sur les jeunes hôtesses de l’entrée que le défilé lancinant de costumes gris pressés blasaient plus sûrement qu’une interview d’Hervé Morin à la télé. A mon apparition, une lueur d’excitation certaine s’alluma dans les yeux de ces jeunes donzelles, une lueur dont le seul intérêt du e-commerce ne pouvait être l’étincelle. Flatté par tant d’admiration, tout pétri de certitudes, je m’avançais donc vers le portillon en tendant mon badge V.I.P., certain de mon effet, quand soudain une voix rauque et gutturale retentit :

« Monsieur ! Monsieur, s’il vous plaît ! »

Je me retournai imperceptiblement pour deviner d’où pouvait bien provenir cette voix quand elle retentit à nouveau :

« Monsieur, je crois que ça ne va pas être possible »

Les paroles de Zebda me revinrent aussitôt en mémoire. Alors, moi aussi, à mon tour, malgré mon statut reconnu de super héros, je pouvais être victime d’ostracisme.

« Je vous demande pardon, rétorquai-je à la voix tout en découvrant qu’elle appartenait à une sorte de molosse géant d’environ 2m50 de haut (non, je n’exagère pas !) dont la tête était posée directement sur les épaules uniquement reliée par une sorte de fût large et droit comme le tronc d’un chêne centenaire que même Mike Tyson aurait eu du mal à déraciner.

Le géant répéta : « Je crois que ça ne va pas être possible, … euh… Monsieur ? »

« Pourquoi, vous avez un doute, répondis-je au géant ? »

Je vis passer dans ses yeux une lueur d’angoisse reflétant une espèce d’interrogation soudaine devant un phénomène inexplicable. « Si vous avez un doute, venez vérifier, rajoutais-je encore ».

« Non, non, aucun problème, euh… Monsieur, c’est juste que votre tenue, là, eh bien… euh… ça ne va pas.

- Quoi, qu’est-ce qui ne va pas ? J’ai changé de slip hier, il est propre. Tout va bien, donc.

-Non, ce n’est pas ce que je voulais dire… je… vous ne pouvez pas vous promener comme ça dans le salon.

(un silence)

- Pourquoi ? C’est une tenue de super héros. Je suis un super héros. Comment voulez-vous que je m’habille ?

-Il faut mettre…. euh…. »

Le géant était complètement perdu. Il n’avait sûrement pas eu à résoudre un problème aussi compliqué depuis le CP. Tout ce qu’il savait était que « ça n’allait pas », mais son cerveau était parfaitement incapable de lui fournir un argument valable, tant la situation le déroutait.

« Bon, si vous voulez, je mets une cravate, lui dis-je pour l’aider, mais ça va faire con avec mon masque, rajoutais-je en souriant.

-Euh non, il faudrait mettre un costume, monsieur, s’il vous plaît, dit-il alors que des gouttes de transpirations commençaient à perler sur le sommet de son crane.

-Mais, c’est un costume, lui répondis-je poliment. Que voulez-vous dire par « mettre un costume » ? J’en ai déjà un. C’est celui là, c’est le mien. Je suis le Capitaine Commerce, j’ai mis mon costume de Capitaine Commerce. »

Alors là, je voyais bien que le type devenait incapable de me donner la réplique. Des évènements complexes et compliqués semblaient se dérouler dans son cerveau et paralysait toute autre action de sa part.

« Qu’est-ce qu’il y a, Gilles? Ce taré t’embête ? »

Un autre géant rentra dans mon champ de vision. Il avait l’air tout aussi costaud que le premier, mais doté d’un cerveau plus évolué. Une sorte de Terminator II en quelque sorte. Le deuxième géant se tourna vers moi et me dit :

« Laissez passer les gens, Monsieur, s’il vous plaît. Vous ne pouvez pas rentrer comme ça.

-Comme ça ? Comme ça, quoi, lui dis-je en espérant que le même phénomène qu’avec le premier se reproduirait.

-Le Moulin rouge, c’est à Pigalle, Monsieur. Ici, c’est le salon du e-commerce. Alors, soit vous vous habillez dans une tenue décente, soit vous déguerpissez ! Ai-je bien été clair ? »

Oui, oui, le bougre avait bien été clair. Visiblement, ici, on n’appréciait pas la différence. Comprenant que je n’aurais pas la partie facile et que je risquais, en discutant, de m’offrir un séjour à l’hopital, je fis dignement demi-tour et m’éloignais doucement vers la sortie, mais, juste avant de quitter les lieux, je me retournai en criant dans un geste de défi

« Je reviendrais ! On n’arrête pas le Capitaine Commerce ainsi ! »

Et je disparus aussitôt dans la foule.

Et vous saurez la suite demain…

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D’abord, un petit mot pour remercier Cobolian pour son invitation à rejoindre le blog de Captain Commerce: j’en suis très honoré ! Et merci au boss pour avoir approuvé !  Je n’ai pas encore reçu mon collant vert, mais je me laisse déjà pousser la moustache …

Connaissez-vous la délégation d’e-commerce, un concept relativement récent sur le web ?

J’ignore qui de Michel de Guilhermier (www.inspirationalstores.com) ou de Philippe Rodriguez (www.mixcommerce.com) est à l’origine de ce concept, peut-être même importé d’un autre pays, mais ce que je sais c’est que le concept est excellent et le marché très porteur !

En quelques mots, on pourrait associer le principe de la délégation d’e-commerce à une sorte de franchise on line : le franchisé n’a mandat que pour commercialiser les produits du franchiseur sur internet, strictement et exclusivement. Comme pour la franchise classique, le délégué peut utiliser le nom de la marque, sa notoriété et ses visuels pour la promotion de sa boutique en ligne.

Les références de nos deux protagonistes pionniers de la délégation e-commerce parlent d’elles-mêmes puisque de belles enseignes se sont rapidement laissées convaincre. Car le discours pour séduire les marques est limpide et s’articule en 2 parties :

1- l’e-commerce, c’est un job de spécialistes.

“Fondamentalement, l’e-commerce est un canal de distribution très spécifique qui ne peut réellement être exploité convenablement qu’avec la parfaite maîtrise de 4 grandes compétences :

- La technologie : création, hébergement et gestion d’un site internet, des bases de données, du back-office.

- Le marketing online : la science de faire venir un trafic qualifié important sur un site, ce de la manière la moins coûteuse possible.

- Le “fulfilment” : logistique, service client, gestion des retours, etc.

- Le “commerce” : c’est-à-dire l’art de vendre, l’art du merchandising, l’art de savoir parler et comprendre les consommateurs.”

Michel de Guilhermier sur son blog.

En d’autres termes, si vous voulez y aller seul, bonne chance ! Et préparez vous à dépenser beaucoup d’argent avant d’en gagner car la courbe d’expérience du e-commerce est laborieuse à apprivoiser…

2 - Et justement, on est des spécialistes !

Il s’agit d’une opportunité : vendre d’avantage et investir un nouveau canal de distribution pour un coût maîtrisé et un risque minimisé.

L’e-commerce requière des exigences, des moyens et des expériences tels qu’aujourd’hui le ticket d’entrée est vraiment significatif, voir prohibitif. Si l’on n’y prend pas garde le coût d’acquisition de clientèle peut vite s’avérer astronomique, même à moyen terme, renvoyant les perspectives de rentabilité loin derrière la ligne d’horizon.

Sauf que ce discours, pour évident qu’il nous paraisse ainsi décrit, n’est pas si évident qu’on pourrait le penser. En effet, je suis prêt à parier qu’il n’est recevable que pour les marques qui ont déjà connu une expérience du on-line, sans doute peu concluante, sinon calamiteuse, et mesuré ainsi à quel point internet dissimulait en fait des gouffres avides de temps et de budget, qui ne produisaient que de bien maigres résultats. Car le discours de la délégation d’e-commerce se heurte aux discours des éditeurs de logiciels et de solution asp e-commerce qui évoquent, au contraire, la facilité qu’il y a de nos jours à ouvrir sa boutique en quelques clics pour commencer à rafler la mise.

Comme un enfant a besoin de se brûler avant de craindre la flamme, il faudra sans doute que les clients potentiels de la délégation d’e-commerce commencent, sinon par se brûler, au moins par se faire échauder, en cramant par exemple de petites fortunes quotidiennes en adwords suite à un referencement naturel calamiteux. Et quand il sera admis que le e-commerce est un canal de distribution spécifique, où seuls les professionnels et/ou ceux qui s’en donnent les moyens peuvent s’en sortir, alors la délégation d’e-commerce prendra réellement son essor. Nul doute que demain, les entreprises de délegation e-commerce vont fleurir, à commencer par les éditeurs de solutions asp qui vont s’empresser de réviser leur business modèle pour l’adapter à cette nouvelle opportunité.

Néanmoins, la délégation d’e-commerce n’est pas pour tout le monde car comme dans le cas de la franchise, toutes les offres de délégation ne se valent pas : il faut déjà que la marque jouisse d’une forte notoriété pour qu’elle puisse attirer un délégué. Celui-ci réduit ainsi le process d’acquisition de clientèle au strict process en ligne en capitalisant sur la notoriété spontanée de la marque exprimée directement dans les moteurs de recherche où il doit se placer. Cette “zone de chalandise virtuelle spontanée” sur laquelle s’appuie le délégué conditionne certainement fortement la négociation des conditions d’exploitation de la délégation. Elle exclut sans doute aussi d’emblée les débutants et autres petites marques des satisfactions de  la délégation d’e-commerce… sauf conditions particulières. A suivre !

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