L’argent est un sujet délicat. Surtout en ce moment ! Dans ce contexte, l’appel au don et à la générosité doit néanmoins se faire entendre, d’autant plus que la solidarité va devoir une fois de plus se mobiliser à une échelle appelée à augmenter encore.

Solidarité locale, nationale ou internationale, aide alimentaire ou médicale, secours d’urgence, recherche médicale, formation, assistance, développement durable, … , les sollicitations sont nombreuses et l’on a que l’embarras du choix dès que l’on souhaite mettre la main au portefeuille pour aider son prochain. Un embarras d’autant plus réel que les collectes solidaires quadrillent maintenant Internet et rivalisent pour s’affirmer et capter les précieuses donations. Le “business de la charité” est extrêmement concurrentiel sur le web et beaucoup de sites de ces organisations capitalisent avec succès sur les meilleures pratiques pour communiquer sur leurs objectifs et leurs réalisations afin de capter un maximum de fond.

Il est donc intéressant de se pencher sur ce “business modèle” original et d’envisager comment, du point de vue du marketing, de l’ergonomie, du discours, … ces sites s’organisent pour nous orienter vers la page de concrétisation.

Bien sûr, une pareille étude représente un énorme travail. Aussi, je vais en laisser un peu (enfin, beaucoup) à mes petits camarades que j’espère avoir aiguillonné suffisamment pour qu’ils s’intéressent à ces pratiques qui, si elles ne relèvent pas du e-commerce à proprement parler, n’en intéresseront pas moins les assoiffés de e-business que vous êtes, en tant que fidèles lecteurs des aventures du Capitaine et de sa bande.

Pour ouvrir le bal, dans notre pays de vieille tradition catholique, je m’intéresserai donc d’abord aux deniers du culte catholique : comment l’église s’emploie-t-elle à capter les dons sur internet ?


Préambule
Il n’y a dans les commentaires ci-après aucune connotation religieuse, ni de jugement de valeur lié à la religion. L’analyse ne porte que sur les pratiques en ligne, concrètes et observables, et uniquement envisagées sous l’angle de l’efficacité par rapport à l’objectif, en comparant avec les meilleures pratiques communément admises pour le e-commerce en particulier et la communication en ligne en général.


Toujours bousculée entre les ors et les fastes du Vatican, les rumeurs sur les richesses de certains ordres et sa longue histoire, il n’est pas facile à l’église de communiquer sur ses besoins de financement. D’autant qu’en matière de communication, entre la chute des vocations, la baisse de fréquentation des églises et les bouleversements liés à l’arrivée du nouveau Pape, l’église a déjà fort à faire !

Sur le site officiel de l’église catholique en France, l’appel au don est assez discret. Il se présente sous la forme d’une image jpg en 200X73, en marge : “Soutenir l’Eglise Catholique”. Mesure faite, cette image se situe “below the fold” pour les derniers utilisateurs en 800X600.

Site officiel de l'église catholique en France

Site officiel de l'église catholique de France

Une fois cliqué, ce lien conduit à une page qui ne brille pas par son efficacité en terme de “call to action” : un premier bloc propose un digest et un lien sur “Pourquoi donner à l’église ?”, puis 2 blocs, de type “teasing”, orientent vers le denier ou les legs. On est loin du 1 clic to buy d’Amazon !

Page "Pourquoi donner aux deniers"

Page "Soutenir l'église"

On notera également que des rubriques importantes pour la thématique de la page sont traitées de manière “accessoire au principal”, à travers deux blocs en marge gauche (”Mieux comprendre” et “Aller plus loin”), zone qui semble plutôt dédiée à de la transversalité éditoriale.

En cliquant sur le premier lien, “Pourquoi donner à l’église”, la page affichée est particulièrement aride: pas une infographie sympa, ou un petit camembert pour expliquer la répartition des postes de dépense de ces dons. Et surtout : aucun lien vers la page de don !

Pourquoi donner

Page "Pourquoi donner"

Encore une fois, c’est en marge qu’il faut chercher, avec un lien vers le portail du Denier de l’église … qui conduit à une page en 404 !

Le second lien, celui vers le denier, conduit à une page qui ne brille pas par la qualité du discours, ni par sa structuration. Toujours pas d’infographie, mais surtout, même pas un tableau sur le coût réel de votre don grace aux aménagements fiscaux. L’exemple proposé : “en donnant 200€, vous bénéficiez d’une remise d’impôt de 132€, et votre don vous revient en fait à 68€.” est pertinent mais insuffisant et peu convaincant. Pourquoi pas un tableau avec quelques sommes ou un calculateur automatique ? Quant à la partie,”Comment donner”, elle peine à convaincre : ça manque de gros boutons et d’encouragements francs, à mon avis …

Page denier

Page "denier de l'église"

Poursuivons ce parcours : direction le site des deniers du culte catholique.
J’avoue que là, je suis surpris par l’indigence de ce portail qui devrait être le centre névralgique de la collecte de fonds en ligne de l’église catholique !

Portail des deniers du culte

Portail des deniers du culte

Notez ! Une couleur verte, certes assortie à mes collants, mais qui n’a aucun rapport avec la charte du site officiel de l’église, un lien indigent en haut de page: “A quoi sert le denier ?” et un laconique : “Cliquez sur le nom du diocèse de votre choix” en haut d’une image map d’une facture graphique anté-diluvienne. Waou ! Les concepteurs n’ont pas été touchés par la grâce, eux !

Bon, il faut savoir que la collecte des deniers du culte catholique fonctionne par Diocèse. En effet, les donateurs aiment à savoir que leur argent sert près de chez eux, à des choses concrètes qu’ils peuvent éventuellement apprécier par eux même. Dans ce contexte, chaque Diocèse propose donc son interface de collecte depuis son site internet. Un bref saut de diocèse en diocèse permet de vite constater que le traitement de la collecte de fonds y est en majorité globalement aussi mal traité qu’on vient de le voir.

Il y a quand même aussi quelques bons élèves comme les diocèse de Lyon et de Toulouse qui proposent leurs sites e-diocèse, portail financier du diocèse.

e-diocese

e-dioceses de Lyon et Toulouse

Si le mot “financier” est un peu surprenant de prime abord, le contenu de ces sites est déjà plus moderne et l’approche plus efficace. On y note un véritable suivi éditorial des chantier diocésains, des informations plus détaillées et mieux structurées concernant les dons et leur modalités, mais on y trouve aussi des boutiques en ligne ! Que les plus orthodoxes se rassurent, les marchands n’ont pas réinvestit le temple ! Il s’agit essentiellement de journaux locaux, de quelques CD, DVD et autres publications. Un premier pas timide, mais qui témoigne quand même d’une certaine ouverture dont on ne peut que se féliciter bien que cela reste encore assez indigent et minimaliste dans le traitement.

En conclusion:

Qu’il s’agisse d’un manque de moyen ou d’une réelle volonté de ne pas en faire trop, il apparaît quand même un vrai manque de conseil dans le traitement.

Le site officiel de l’église s’appuie sans doute sur un gros CMS et une équipe certes motivée et prolifique, mais plus versée dans l’éditorial que dans le marketing.
Il manque une vraie expertise “web” pour capitaliser sur les possibilités du média et enrichir le discours et sa structuration. De ce point de vue, il y a beaucoup à apprendre des sites des nombreuses églises américaines qui fleurissent sur le web et dont les moyens considérables leurs permettent de se payer les meilleurs consultants et professionnels du web pour affûter leur armes dans la guerre d’audience à laquelle ils se livrent (encore une bonne idée de billet à écrire ! Qui qui s’y colle ? ).

Ensuite, l’approche complètement décentralisée du process de collecte perd grandement en efficacité au niveau du “on line” en transposant le schéma de collecte off-line. Il manque un vrai portail proposant :

  • une vue d’ensemble tout en valorisant le local via une navigation structurée,
  • une interface unique de collecte, parfaitement fiable et sécurisée,
  • le débit régulier selon la fréquence choisie,
  • une interface de type “Mon compte” pour imprimer ses justificatifs fiscaux et suivre l’historique de ses donations.
,


logo_openid OpenId pour le e-commerce. Faut-il y aller ?

OpenID est un standard d’identification indépendant. Voyons voir si ça peut intéresser les e-commerçants que nous sommes.

Windows Live adopte OpenID

Ce n’est pas une petite news que celle qui est tombé sur mon téléscripteur il y a quelques jours : Microsoft annonçant que ses 400 millions d’utilisateurs Windows Live (ensemble des services Microsoft en ligne) allaient pouvoir se connecter avec leur compte sur des sites offrant OpenID comme système d’identification.

Mais c’est quoi OpenID ?

Souvenez-vous (OpenID, Spoonkey et cartes d’identité numériques pour le e-commerce), OpenID peut fournir un identifiant unique à chaque internaute lui permettant de se connecter sur tous les sites utilisant ce format d’authentification.

Un format en passe de devenir un standard

Aujourd’hui ce format est réellement en passe de devenir un standard avec son adoption par Microsoft. Rappelez-vous. En février, les plus grands (Yahoo, Google, Microsoft et d’autres) installaient leurs représentants aux conseil d’administration de la Fondation OpenID. Pire encore ! (en fait, c’est “mieux encore”), Google vient de lancer sa propre API (bibliothèque de programmation) dédiée à Open ID. Cela ne veut pas encore dire que les comptes Google soit compatible Open Id, mais on ne devrait pas tarder à y arriver.

Oui, bien, mais c’est encore un truc d’américains, non ?

En fait non, puisque la plupart des utilisateurs français de Yahoo, MSN et bientôt Google auront de fait un compte OpenID. Ce n’est donc plus un truc de geek, mais bien un vrai truc d’informaticien qui sert vraiment à quelque chose et tout le monde va en avoir un !

Déjà adopté par les plus grandes marques Open Source

En tout cas, si votre site tourne sous une solution open source, vous pouvez être certain qu’elle a déjà ou va très prochainement l’implémenter. C’est déjà le cas de :

Retour sur OpenID : comment ça marche

OpenID agit comme un tiers de confiance entre vous et les utilisateurs de votre site. Il permet tout simplement à n’importe quel quidam de se créer un compte sur OpenID, puis d’utiliser ce compte (unique) pour pouvoir se connecter à n’importe quel site compatible OpenID : Google, MSN, MySpace, mais aussi bientôt peut-être votre site e-commerce.

Les données liées aux utilisateurs sont stockées par un tiers de confiance et ne peuvent être divulguées entre les sites (aucune chance que vos données OpenID puisse donc être revendu à des spammers ou des tiers louches)

Une vidéo que même mon chat peut comprendre

Pour mieux comprendre, cette petite vidéo en décrit rapidement le concept (et si vous ne captez pas l’anglais, c’est pas grave, elle est suffisament bien foutue pour que même mon chat comprenne (bien que les problématiques d’authentification sur le web passe loin derrière sa problématique de croquettes. Mais, sur ce point, je trouve que mon chat a tort)).

Ça a l’air trop cool, mais c’est quoi les avantages ?

  • Premièrement : pour l’utilisateur, c’est évident. C’est d’avoir un login/mot de passe pour plusieurs services à la fois : réseaux sociaux, mail, mais aussi sites de e-commerce
  • Deuxièmement : il découle du premier - et Michael Cru de Spoonkey s’en était largement fait le défenseur - les identifiants uniques permettent :
    • au minimum de faciliter l’inscription
    • au mieux de sauter l’étape du formulaire d’inscription…
      …formulaire qui - tout le monde sait ça - ressemble dans 90% des cas au parcours du combattant de la Légion Etrangère à la Guyanne.

Conséquence : Open Id devrait lisser le parcours client dans votre site et augmenter son taux de transfo. Ce qui, en terme de monnaie sonnante et trébuchante, pourrait générer des millions (des milliards, voire… des trilliards ! de dollars à travers le web).

Tout le monde peut-il installer OpenID ?

Oh là là ! Mais bien sûr ! Qu’est-ce que vous croyez ? OpenID est compatible avec n’importe quel site et semble pouvoir s’installer facilement. Mais pour ça, je laisserai le soin à Cobolian de vous décrire la procédure dans un prochain billet, car “le javascript, le css, le PHP, c’est son dada” à Cobolian !

Quelques conseils cependant :

  • si vous installez OpenId sur votre site, soyez pédagogue. Expliquez :
    • ce que c’est, à quoi ça sert,
    • pourquoi ça vaut le coup de l’utiliser,
    • qu’avec un peu de chance, l’utilisateur a déjà un OpenID s’il a un compte Yahoo ou Windows Live et qu’il peut déjà se loguer sur votre site sans remplir de nouveau formulaire
  • n’hésitez pas à mettre en avant que vous êtes un “e-commerçant avant-gardiste”, utilisant les technos derniers cris au service des utilisateurs

Dois-je demander à mon prestataire du coin de m’installer OpenID ?

Halte là ! Pas si vite ! Installer Open Id peut-être un peu tôt pour la majorité des e-commerçants en France. En revanche pour les sites disposant d’un fort chiffre d’affaire et pour lesquels gagner un dixième de point sur le taux de transfo, l’affaire peut se révéler rentable au regard de l’investissement. Pour les autres, ne vous précipitez pas, à moins de vouloir vous la jouer moderne en installant la dernière API à la mode sur votre site.

En savoir plus sur le web

,


Même si, j’en suis certain, la plupart d’entre vous sont convaincus du bien fondé de l’ergonomie, ce petit exemple achèvera de convaincre ceux qui ne le seraient pas encore.

Une mauvaise ergonomie peut avoir des répercussions désastreuses

Une mauvaise ergonomie peut avoir des répercussions désastreuses

Un bulletin de vote défectueux sème la pagaille

Si vous êtes assez vieux pour vous en souvenir, en 2000 eurent lieux les élections américaines entre Georges W Bush (le “regretté”) et Al Gore. Bush l’emporta, mais de justesse. Un bulletin de vote défectueux dans le comté de Palm Beah en Floride (ci-dessus) ayant entraîné la plus grande pagaille électorale de l’histoire.

Les électeurs se trompent et votent pour le mauvais candidat

Regardez bien ce bulletin (ou mettez-vous dans la peau d’un électeur floridien). Pour voter les électeurs devaient le percer en face du nom de leur candidat, mais, tragiquement, son “ergonomie” sema une grande confusion :

  • beaucoup d’électeurs percèrent le 2ème trou (dans le sens vertical) en votant Gore. Or, celui-ci, comme indiqué par la flèche, donnait en réalité une voix à Pat Buchanan, un obscur candidat de droite
  • réalisant leur erreur, certains de ces électeurs percèrent, en plus, le 3ème trou, celui qui correspondait à Gore, mais, par cette action malencontreuse, annulèrent leur vote

Gore perd l’élection présidentielle par 327 voix

Le résultat fut sans appel :

  • plus de 19,000 bulletins furent invalidés (dont on estime qu’entre 70 et 90% étaient pour Gore)
  • Pat Buchanan, candidat mineur et bénéficiaire de cette confusion, reçut un nombre anormalement élevé de votes (comparé à ses scores dans les autres comtés)
  • Gore perdu l’élection en Floride par seulement 327 voix après recomptage
  • “accessoirement”, il perdu également l’élection présidentiel à cause de son score en Floride et l’on sait ce qui s’ensuivit

Alors ? C’est pas important une bonne ergonomie ?

Pour en savoir plus sur ce sujet : West Palm Beach Florida Ballot started it all




Next Generation E-Commerce: Nau Concept Demo from Artefact on Vimeo.

Ce n’est pas un site fonctionnel, mais simplement le “délire” d’ArtefactGroup, des consultants spécialisés dans l’élaboration d’interface innovantes pour le web, le mobile ou autre. On peut s’en amuser, on peut aussi s’en inspirer.

,