4 ecommerçants sur 10 ont le BAC… ou pas

Le ecommerce est-il comme le dit notre bien aimé Ministre du commerce Hervé Novelli plus égalitaire ? D’après ses chiffres (voir la vidéo), quatre ecommerçants sur dix n’auraient pas plus que le niveau du BAC.

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Doit-on se réjouir ou pas de cette statistique qui veut tout dire et son contraire ?

En tant qu’autodidacte (bachelier moi même, mais pas plus), je ne peux que souscrire à cet aspect égalitaire de la chose. Pour les allergiques aux études, ou pour ceux dont les parents n’avaient pas les moyens de les payer, c’est certain, l’entrepreneuriat est le moyen de faire leurs preuves et de s’assurer (parfois) des revenus et des responsabilités auxquelles ils ne pourraient prétendre sans avoir un sacro-saint diplôme. Sans vouloir me lancer dans une discussion de café du Commerce, doit-on rappeler que la France est certainement un pays où le culte du diplôme est bien trop fortement exercé et où on ne sait pas reconnaître dans sa juste mesure la valeur de l’âge. Ne pas avoir de diplôme de l’enseignement supérieur (d’une école de commerce ou d’ingénieur) peut vous disqualifier jusqu’à la fin de vos jours dans vos ambitions d’ascension sociale. Et c’est d’ailleurs pourquoi tant d’entrepreneurs sont de brillants autodidactes qui bafouent de leur réussite le système de formation des élites.

Que quatre ecommerçants sur dix ne soient que bacheliers ou moins peut donc faire apparaître le ecommerce comme un domaine où chacun a des chances de s’exprimer et c’est tant mieux. L’entrepreneuriat est une forme de liberté que le statut d’autoentrepreneur du même Hervé Novelli a vigoureusement stimulé l’année dernière. Certes.

Le manque de formation peut-il être pénalisant ?

A l’inverse, ne faut-il pas s’inquiéter du manque de formation de ces mêmes entrepreneurs ? S’il est devenu ultra-simple de monter sa petite boutique en ligne, les lois du ecommerce, tout comme celles du commerce, n’en demeurent pas moins rudes. Il ne s’agit pas, comme je l’ai souvent répété sur ce blog, de savoir monter un oscommerce sur un hébergement OVH (rien contre OVH), de prendre en photo quelques produits, de plugger le tunnel de commande avec Paypal et de référencer le tout dans Google, pour assurer la réussite d’un projet. Bien que ce postulat fût (presque) vrai il y a à peine quelques années encore, le vrai succès ne peut que provenir d’une gestion saine et raisonnée d’un métier en pleine maturation.

On peut en juger par la spécialisation toujours plus fine des métiers attenants au ecommerce : du webmaster qui faisait tout, on est passé au développeur web, à l’intégrateur HTML, au flasheur, au graphiste, au référenceur, au traffic manager et dernièrement au community manager, tout cela sans parler des métiers du marketing, des achats, etc… Bien sûr, toutes ses fonctions sont assurées souvent par des mêmes personnes à l’intérieur d’une structure, cela dépendant de sa taille, mais il est bien certain que le bagage de connaissances nécessaires à assurer le fonctionnement au quotidien d’un site ecommerce ne peut plus qu’être difficilement maîtrisé par une seule personne.

Cela ne serait sans doute pas rédhibitoire dans un contexte de ruée vers l’or comme cela l’était récemment. En revanche, dans le marché ultra-concurrentiel qui est en train de naître, faire du ecommerce à la petite semaine sans connaissance des pratiques principales du web ne pourra conduire qu’à l’amenuisement le plus total, voire à l’échec.

Un besoin évident : plus d’accompagnement et de formation

De cela naît un besoin évident : celui de former plus et d’accompagner plus tout ceux qui veulent se lancer dans le ecommerce. Est-ce suffisamment fait aujourd’hui ? On peut en douter, même si l’on voit apparaître progressivement des formations spécifiques au ecommerce. Mais ces formations concernent beaucoup d’entrants sur le marché du travail et concerne peu ceux qui sont des « wanabees » : chômeurs, petits retraités, artisans, quarantenaires en mal de reconversion, commerçants voulant tâter du commerce électronique et autres pionniers de tout poil attirés par les chiffres mirobolants publiés par la FEVAD, mais dissimulant sans doute une réalité contrastée.

Aussi, si l’on veut que la France puisse aspirer à  générer des emplois de manière pérenne et ne pas trahir les vocations et les espoirs que suscite le ecommerce, ne faudrait-il pas oublier à donner à tous les entrepreneurs, et je pense surtout aux petits, les armes nécessaires à une bon exercice de leur profession.

18 commentaires

  1. Ne serait-ce pas plutôt au candidat e-entrepreneur à chercher la formation, plutôt que d’attendre, à nouveau, de l’Etat de former de potentiels candidats?

  2. C’est épuisant de voir et revoir les chiffres de l’étude OXATIS.

    L’étude OXATIS est totalement biaisée, totalement fausse et totalement inutile.

    L’échantillon étudié par Oxatis est sa clientele de pack prépayé à 35€/mois ! Peut on réellement penser une seconde que cet échantillon est représentatif du paysage ecommerce francais ?

    Ensuite, peut on penser que ce même échantillon est réellement a classé dans la catégorie e-commercant ? Combien dégage un chiffre d’affaire réel? Combien en vive ?

    Oxatis s’est fait une bonne pub avec cette étude et ils ont eu raison, c’est le jeu, mais s’il vous plait ne prenons pas leur communiqué de presse comme une information digne de l’insee.

  3. Oups ! Voilà un article que je n’aurais peut-être pas du écrire.
    @Jonathan : je ne savais pas que ces chiffres venaient d’Oxatis.
    @Melanie : oui, peut-être, je ne sais pas
    @tous : pour moi, ce qui compte, c’est que le ecommerce permette à beaucoup de pouvoir se lancer dans les affaires quelque soit le niveau de formation. Je l’ai dit, je suis autodidacte moi même et le web m’a permis de faire des choses que je n’aurais sans doute pu jamais faire sans un beau diplôme en poche.
    Par ailleurs, je reste aussi persuadé que plus d’accompagnement, plus d’informations permettront aussi à tous de mieux réussir dans ce domaine qui je crois quand même va devenir plus compliqué à partir de maintenant.
    Je suis prêt à prendre le pari que les chiffres de 2010 ne seront sûrement pas aussi brillants que ceux de 2009 et qu’on assistera à l’échec de nombreux sites ecommerce par manque de réalisme ou de préparation.
    Bon, allez, promis, demain, je ne parle plus de ça. Je reviendrais au train train normal du site avec un article sur la personnalisation 😉
    (ouch, j’ai mal)

  4. Bonjour Olivier,

    autant le panorama du e-commerce présenté dans les résultats de ces études est critiquable, autant ta conclusion sur le besoin d’accompagnement et de formation est d’un réalisme total et se confirmera probablement très vite.

    C’est bien sympa de la part de la FEVAD et Cie de balancer des chiffres mirobolant sur la création d’entreprise dans le e-commerce, mais si ces études pouvaient aussi donner le taux d’échec de ces mêmes entreprises, à 1 an et 3 ans, et leurs revenus (probablement minime chez la majorité des e-commerçants), je suis sûr que l’enthousiasme ambiant prendrai une sacré claque.

    Il faut savoir que le taux d’échec de la création d’entreprise en France à 5 ans est de plus de 50% (chiffres APCE 2009), et pour des raisons que tu évoques:
    – 45% à cause de carences commerciales (ce qui pourrai s’apparenter au marketing + merchandising en e-commerce)
    – 25%à cause de trop faible connaissances en gestion (on y coupera jamais…),
    – 19% pour défaut de compétences techniques,
    – 10% à cause du caractère du créateur.

    Par contre, le taux d’entreprises qui passent la barre des 5 ans est bien meilleur (le double) lorsqu’elles ont été accompagnées ou incubées.

    Voila qui va dans le sens de ta conclusion 😉

  5. Mais non c’est un super article 😉

    Même si effectivement, on ne peux pas dire que l’étude soit très représentative, tout ce qui est dit dans ce billet est très juste.

    La formation et la montée en compétence est aujourd’hui stratégique dans le e-commerce, surtout pour les plus petits et les nouveaux entrants. La formation initiale compte finalement peu, et ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux capable d’apprendre seuls.

    Personnellement, je suis diplômé d’une grande école, et c’est la première fois de ma vie que tout le monde s’en fout royalement et que mon diplôme ne sert à rien 😉

  6. Oups, je suis sortie de l’école il ya deja 6 ans et j’y ai appris les métiers du web , en tout cas la gestion de projet ! à Bac + 5, les autodidactes n’accordent aucune importance à ma formation ! Je suis quasi sûre que cette ligne sur mon CV ne serait pas un plus. J’ai étudié dans le web et pas dans le commerce et ca se ressent 🙂 !!!

  7. Est-ce que ceux qui ont commencé à créer des sites internet étaient diplomé ?

    Je ne crois pas, il y a pas si longtemps, il n’existait pas de formation.

    Est-ce qu’un diplôme sert à quelque chose ?? Je peux dire que les rudiments de mon BAC G3 et que mon DEUG de management public option habitat ne me servent pas beaucoup au quotidien dans ce que je fais (intégration web) et même sont à 10 000 km de ce qui se fait sur le terrain pour lesquels ces diplômes ont été crée.

    Prenons les pour ce qu’ils sont: des bouts de papiers.

    Le diplôme ça sert généralement à rien, la formation et la montée en compétence (même autodidacte), oui !

    Pour les e-commerçant, ce n’est pas génant de ne pas avoir de diplôme, formez vous ou faites vous bien entourer.

    Et merci à capitaine-commerce de participer à cette information-formation

  8. @laurent JEAN : attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut une formation pour faire du ecommerce. Je suis plutôt en train de dire qu’il serait bien d’imaginer des système d’accompagnement solide auprès des entrepreneurs pour la réussite de leurs projets. Cela reste vrai pour les petits comme pour les grands. Cela peut passer par du consulting, mais aussi une plus grande évangélisation des métiers du web à travers des manifestations, des conférences, des blogs, etc.
    Des formations pour le ecommerce sont déjà apparus depuis quelques années, notamment pour ce qui concerne le rôle assez complexe de chef de projet web.
    Pour moi, le ecommerce est une véritable chance pour ceux qui veulent se lancer dans une activité en indépendant. Alors si l’on veut qu’il puisse réussir, réunissons les conditions pour le faire. Sans tomber dans une assistance de l’Etat, on peut peut-être imaginer des solutions alternatives : par exemple, des heures de consulting gratuites…

  9. J’adore cet article! J’apporte mon avis d’autodidacte: un niveau de formation ne veut rien dire puisque ce même niveau change d’année en année. Je vais faire grincer des dents mais un bac+2 d’il y a 15 ou 20 ans a plus de valeur que le même actuellement. Et au-delà des études, ce qui est important c’est l’expérience, la faculté à s’adapter et la curiosité. Tout ça en ayant, non pas projet professionnel, mais un projet de vie. Et en France on en est loin… la formation doit changer et l’idée d’un système d’accompagnement me semble très intéressante.

  10. Parmi les excellentes initiatives en matière d’information /formation sur le e-commerce et le web en général, on peut signaler les webschools régionales lancées par Fabien Prêtre (http://www.webschool-orleans.com) qui ont l’air de bien se développer, et qui apportent théorie + pratique à la fois.

    De mon côté (en Normandie), le Pole Normand des Echanges Electroniques fait des formations (payantes mais très bon marché), et je propose des diagnostics gratuits à des porteur de projets web / e-commerce pour les aider à prendre les bonnes décisions dès le départ et démarrer sur des bons rails.

    Je suis certain, qu’il y a de nombreuses initiatives pour aider à se lancer dans l’e-commerce, il faut juste chercher un peu sur Google 😉

  11. C’est marrant ! J’ai mis 4 ans a trouver un métier dans le web à la sortie de mes études et pourtant j’y ai fais des études. Donc…d’accord avec Nicolas, le diplôme de sert à rien, car je n’ai pas trouvé de suite. ( bossée dans la photo, la vente etc… avant d’être la ou je suis!)

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Capitaine

Article de : Capitaine

Olivier Sauvage est le fondateur de Capitaine-commerce.com et de Wexperience, agence spécialisée en expérience utilisateur digitale.